Hier, j’ai fait allusion a une mini-croisiere en Mediterrannee (quatre nuits et trois jours) a laquelle nous avons participe le mois dernier. Au vu des reactions de mon entourage, je pense qu’une mise au point s’impose.
Il est un fait que le mot croisiere a encore de nos jours une connotation “frime” qui fait appel aux poncifs les plus ringards: calme, luxe et volupte. Des voyageurs stupides maternes par un personnel servile aux petits soins…
Foin de tout cela ici, nous sommes entres dans l’ere du tourisme “en masse” (n’est-ce pas Gad?), et nous sommes tres loin de ces images de transatlantiques qui concurencaient l’avion et ou les gens qui savaient encore voyager se retrouvaient entre “happy few” pour partager de longues reflexions sur le pont, caches sous leurs ombrelles. Ici, le peuple juif s’est donne rendez-vous pour profite au maximum et fuir la grisaille d’un quotidien pas toujours tres souriant. En famille avec les enfants voire les bebes sans oublier les papies et les mamies. En amoureux, en tete a tete au restaurant ou sur le pont pour deviser entre quatre yeux au gre du vent. En bande enfin, de copains ou de “congressistes” deguises en dentistes…
Dans notre cas de figure, il y a une croisiere car il y a un bateau qui navigue sur l’ocean. Le bateau est un ancien paquebot aussi bien conserve que possible par les soins attentifs d’un personnel compose de toutes les minorites de pays ou il est particulierement difficile de ganer sa vie. Un decor rococo, un mobilier d’un autre age et un public ravi de deambuler jusqu’a point d’heure dans les entrailles de ce batiment de 200m de longueur…
Un programme charge et tres ambitieux: un pays par jour. Trois escales dans trois pays. Un jour Analya en Turquie, le second l’Ile de Rhodes en Grece et le dernier Limassol a Chypre. Ouf! Beaucoup de miles marins, peu de temps pour les escales et un resultat final mitige…
Sur un bateau l’activite numero un c’est manger. Cinq repas par jour! Vous allez me dire, comment peut-on manger autant? Ca a l’air dingue mais on s’y fait. On se laisse entrainer a manger plus que de raison, cela etant du a la profusion des buffets qui nous font perdre toute notion de mesure.
Outre manger, on peut lezarder sur le pont en “beten-gav” (sur le ventre-surle dos) quasi-ininterrompu avec ou sans livre. On peut prendre de l’exercice a la salle de fitness (cf. “sport en boite”) et/ou papoter a loisir avec son conjoint, sa famille ou ses amis. Ceci pour la journee en dehors des escales.
Puis en fin de matinee, on s’arrete au port et la on comprend qu’on est encore en Israel. Les gens s’entassent pour sortir le plus vite possible en provoqunt des bouchons dignes de ceux sur l’Ayalon sud entre KKL et Hshalom a cinq heures de l’apres-midi. On finit par en sortir vivant pour s’engouffrer dans un car climatise avec un guide qui va dans les quelques heures qui lui sont imparties va nous saouler d’explications dans un francais epique datant des croisades.
Notre petit groupe etait composee a la base de dentistes francais vivant en Israel. Je ne suis pas dentiste, plutot “arracheur de dents” a mes heures perdues, mais j’ai quand meme pu participer a ce “congres” en mer. Nous avions un point commun: l’amour de la plage et cela a constitue l’activite majeure des escales.
A Analya, on a loue une “golet”, soit une goelette en turc (quand je vous disait que le turc c’est pas si complique que ca!). On a longe les falaise abruptes des cotes ou se nichent de jolies maisons aux tons pastels. On a plonge du bateau et c’etait le premier signe de fraicheur tant attendue apres de longues heures de bateau. Puis on est alle au bazar, qui n’a de bazar que le nom car les boutiques sont pour la plupart tres luxueuses et n’ont rien a envier a celles des grandes capitales europeennes. Pour votre culture economique, sahez que les turcs sont tres commercants et immitent tres bien tous les objets en cuir (vetements, maroquinerie et chaussures) de grandes marques a des prix tres raisonnables.,,
A Rhodes, on a beneficie d’un guide desopilant ( sans vraiment le vouloir), qui nous abreuve de l’histoire de l’ile depuis les temps antediluviens jusqu’a nos jours aide en cela par des embouteillages monstres. On a traverse toute l’ile pour aller sur la plage de Lindos, qui est formee d’une petite crique surplombee de maisons a flanc de coteaux et surmontee d’une forteresse qui abrite un pantheon. Les plus courageux ont crapahute pour beneficier d’une vue imprenable a 360 degres sur la baie et l’ocean. Les plus flemmards auxquels j’adhere le plus souvent sont alles directement sur la plage pour profiter d’une mer d’huile tres rafraichissante. Le temps d’un retour en car a dos d’ane pour les plus temeraires ou a pied pour les plus classiques, nous avons retraverse l’ile en sens inverse direction la synagogue. Un petit bijou d’art oriental avec sol en pierre taillee et boiseries sombres, comportant un musee et un gabay (gardien) qui nous a explique que le judaisme etait desormais reduit a une peau de chagrin et que le minyan n’est atteint que tres rarement avec l’aide de voyages organises par des anciens habitants exiles a l’etranger revenant sur les traces de leur passe. Puis le bazar, etape desormais obligatoire, moins sophistique qu’en Turquie mais neanmoins sympathique…
A Limassol, on a failli ne jamais rentrer au port (on aurait peut-etre du?). Pour des raisons administratives, on etait tres en retard. La, on avait rien organise et on a pris un improbable bus conduit par un chauffeur tres allume pour aller sur une plage de sable boueux de couleur gris fonce. Des habitants antipathiques, agressifs et un rien malhonnetes. Bref, une escale qui ne nous a rien appris sauf que ca ne donne pas envie d’y retourner. On nous a precise que l’ile est divisee entre partisans de la Grece et de la Turquie. La partie musulmane qui inclue Limassol n’etant ni la plus belle ni la plus sympathique (dont acte). On a fait l’economie du bazar ce dernier etant ferme le mercredi (encore un signe de misericorde divine en terrain hostile!)…
Le soir, a part l’activite repas, vous avez deux facons de vous faire plumer: au duty free ou vous repartirez avec vos produits ou au casino ou vous risquez de repartir les mains vides. Vous pouvez, si vous etes bon public aller voir le spectacle de “Grease” en hebrish, participer a la “shira betzibur” (radio crochet en public) sur le pont superieur ou aller danser au rythme de la techno jusqu’a complete surdite. Vous pouvez plus prosaiquement aller prendre un dernier verre sur le pont avec vos amis avant de retrouver votre cabine preferee pour la nuit…
Avec tout le desordre, le bruit et la desorganisation chronique de ce sejour, j’ai adore ce court break au large avec des francais en goguette. Nous avons partage nos viturim (renoncements) et nos espoirs, les crises de nos ados et les mariages de nos aines. Tout cela dans une atmosphere bonnenfant, sans glamour et sans pretention. Beaucoup d’humour et de bonne humeur, de sourires et de gentilesse, Un bon ressourcement pour affronter a nouveau le “yom-yomi” (quotidien) avec calme et serenite…
Pour couler de longs jours en forme a Sion.
ca avait l’air bien naze ce sejour
Par shmoo le 10 août 2007
à 11:32