Ce matin je suis arrivé cinq minutes en avance pour la tefila !
Je dois avouer que c’est légendaire!
Comme c’est une TGV (tefila grande vitesse) et que chaque minute compte, j’ai avancé seul, doucement en prononçant mieux les mots. Je suis arrivé a “Yichtabach” en premier, bien avant le chazan (l’officiant) et tout d’un coup j’ai commence a fredonner dans ma tête un air chassidique, vous savez: ceux dont les paroles commencent et finissent par aie, aie, aie!
J’etais debout, j’ai commencé a me balancer, j’ai fermé les yeux et j’étais ailleurs…
“Ça swinguait a donf”, ça vibrait dans ma tête, puis dans le corps tout entier. Le rythme, les vibrations et le balancement. C’était harmonieux, ça revenait en boucle infinie. C’était doux comme l’écume des vagues qui nous effleure quand on est allongé au bord de l’eau avec les yeux fermés. Je ne sais pas exactement combien de temps ça a duré. Sûrement pas plus que quelques minutes. Deux ou trois au maximum. Je ne voulais pas ouvrir les yeux. Je voulais que ça dure le plus longtemps possible. Je me demandais ce que devaient penser mes voisins de rangée en me voyant “smurfer” de la sorte…
Puis le charme s’est rompu, l’officiant m’avais rejoint. Il était temps de recoller au peloton si je ne voulais pas prier seul. J’ai obtempéré assez naturellement et je me suis coule dans le rythme du quorum jusqu’à la fin. En pliant mon talith, j’ai récidivé. Un autre nigun, une autre mélodie alliacée( ail,ail,ail!) m’a pris la tête. Et je suis sorti envoûte, sous l’emprise du chant intérieur qui me guidait vers la maison…
Souvenirs, souvenirs…
Mais oui, mais c’est bien sur! Ces chants sont partie intégrante de ma jeunesse, de ma techuva avec les Loubavitch parisiens. Les ferbringen, les fameux “sit-in” bien arrosés du samedi matin après la tefila a l’occasion du shabbat mevarchim (le shabbat précédant le Rosh Chodesh). J’étais souvent assis a la table (le tish) a coté ou en face du Rav (c’était le privilège des petits nouveaux qui de ce fait bénéficiaient d’un statut de VIP). Le rituel était immuable: un nigun qui s’étirait a l’infini, puis arrêt total, et tous les regards fixes sur le Rav qui fixait les règles du jeu.
Trois solutions a cet instant clé:
- un autre nigun pour réfléchir encore un instant sur ce qu’il allait dire,
- un “lechaim” (un petit tchin-tchin de vodka glacee liquidée cul-sec)
- ou alors un discours…et ainsi de suite!
“Attention, le Rabbi, il va parler!”
Et c’était selon l’inspiration:
- une histoire du Rabbi de Lubavitch (le grand patron des US!);
- un petit “Mussar” (très fort, un “Mussar de Dijon” );
- un enseignement de morale déduit d’une simple histoire dans un français approximatif mâtiné de yiddish);
- voire un “Maamar” dans les grandes occasions (repetiton mot pour mot d’un discours du Rabbi (le “big boss”, toujours lui!).
Et c’était reparti:
- pour un autre “tube” ;
- un autre drink;
- une autre histoire.
A force de les frequenter, j’ai appris a reconnaitre les subtilites parfois infimes entre les differents nigunim. Je les reconnaissais difficilement au depart, puis avec l’habitude des les premieres notes. Je demarrais au quart de tour et chantais a l’unisson avec mes camarades de chorale tous les chansons d’ aulx (pluriel d’ail!) du hit parade…
Un jour, j’ai entendu de la bouche de l’un d’entre eux que: “le nigun, c’ est la plume de l’ame” (dixit un des Rebbes, de Russie ce coup la!). Et, mis a part l’aspect poétique, je n’arrivais pas a mettre des sensations sur ces mots. Je pense que ce matin j’ai enfin ressenti ce qu’il avait voulu me faire ressentir il y a 25 ans!
A part les nigunim, j’adore chanter. Dans ma douche, dans la voiture, dans ma tête, a tue-tête, a la table du shabbat, avec ou sans guitare, en accompagnant un CD…toutes les occasions sont bonnes pour pousser la chansonnette! J’ai un répertoire assez étendu et ça sort en fonction du mood, de l’humeur, du temps et des situations.
Je suis amoureux?
Je chante une petite chanson d’amour comme “Lucille” de Michel Jonasz et son refrain envoûtant.
Je suis avec “les petits” (9 et 12 ans)?
Je chante une petite chanson française typique comme “Je chante” de Charles Trenet.
Il y a du “groove” dans l’air?
Je fredonne “On broadway” de Georges Benson ou “Walk on bye” chanté par Ella Fitzgerald…
Mes enfants aiment aussi chanter, car le chant est communicatif et plus on chante, plus on aime chanter. J’ai surpris ma fille ce matin en train de couvrir les paroles de Fergie des Black Eyed Peas dans un anglais plus que parfait! Ça m’a rappelle un prof d’anglais qui était aussi critique musical, qui nous avait appris l’anglais avec des chansons des Beatles. Il nous avait fait découvrir l’opéra de Gershwin, “Porgy and Bess” et nous avait obtenu des “wild cards” pour aller voir le spectacle au Palais des Congres. “Summertime…”
J’aime aussi chanter en public sans trop de trac, je peux même dire que j’aime ça! A l’occasion de l’anniversaire d’un copain, je me suis commis en couple dans une version décapante de Je chantais les paroles de la chanson “Parole” de Dalida. Dalida tandis que ma femme disait les mots d’Alain Delon. Ça restait “glatt kosher” et surtout désopilant…
Dans les embouteillages parisiens (surtout ceux du Vendredi avec les départs en week-end), je calmais mon stress de ne pas arriver a temps pour Shabbat en hurlant le Keter du Moussaf sur un air judéo-espagnol avec force trilles et moult échos. Ça me libérait et me redonnait l’espoir d’y être à temps…
Il m’arrive de penser a organiser des soirées de “shira betzibur” (radio-crochet) a thème:
- revival 70’s;
- chansons d’amour françaises;
- chansons a texte;
- protest songs…la liste n’est pas exhaustive.
On réunirait les copains, les “quadras” et les déjà “quinquas” pour des “Oldies but Goodies” un verre a la main afin de se rappeler le bon vieux temps: quand on était jeunes et inconscients…
Adolescent j’étais plutôt baba-cool avec “le total look”: jeans 501 a boutons, sabots suédois l’été et bottes camargaises de gaucho l’hiver, pull irlandais a torsades et toujours la sempiternelle “gratte” (guitare) a la main.
Je fréquentais deux copains du matin au soir et on se faisait des “boeufs” (des petites sessions improvisées) chez l’un d’entre eux. Cyril était batteur et Herve jouait de plusieurs instruments et ecrivais des chansons (que j’utilisais a discrétion pour éblouir les filles en colonie de vacances!). Ils ont finis “musicos”, l’un batteur professionnel et l’autre musicien de studio.
Je chantais le plus souvent et jouais aussi de la guitare, Herve prenait alors la basse. On a même crée un petit groupe avec un autre “alcoolique” (acolyte selon Coluche!). On répétais dans sa cave au faubourg Montmartre. “Ça cassait pas trois pattes a un canard”, mais on s’amusait bien en imitant les “géants” du folk et du rock surtout…
Musique quand tu nous tient!
- “Au soleil, sous la pluie, a midi ou a minuit”: c’est toujours le moment de chanter et de se laisser emporter par les paroles et voyager en remontant le temps.
Nostalgie ou Galgalatz (la fréquence de Tsahal), refaites-vous un petit revival avec tous les vintage songs de votre jeunesse.
Chanter reste une bonne recette pour rester en forme a Sion…
ca se voit que ca a ete ecrit avec le coeur,
ca m’a beaucoup parle, moi qui aime aussi chanter.
la prochaine fois tu peut ecrire sur l’importance de la seuda shlishit et des chanson “neshama”
Par debo le 16 août 2007
à 4:54
c sympa par ici.. on peut se joindre a vous ?
Par shmoo le 16 août 2007
à 8:38