Publié par : didier1 | 26 août 2007

Al sfat hamachtesh

Je reviens d’un “sof shavua” (Vendredi et shabbat) ”al sfat hamachtesh” soit au bord du cratere de Mitzpe Ramon.  Cette depression de 40 km de long pour 9 de large et 3 a 400 metres de profondeur selon les endroits constitue le plus grand cratere du monde!

J’etais venu pour accompagner mon fils de 14 ans pour sa rentree scolaire et faire connaissance avec le corps enseignant de cette “yeshiva svivatit” (centre d’etude environnemental). J’en suis revenu transforme, apaise et renverse quand a mes “croyances” educatives…

Des qu’on se gare, chaque enfant enmene ses parents voir le cratere. On fait quelques pas sous un soleil de plomb et on se refugie sous l’auvent futuriste qui surplombe le “machtesh”. Sujets au vertige s’abstenir! Ca commence fort et l’aimantation au desert se fait deja sentir. Deux programmes today: celui des parents a qui on va presenter la yeshiva et celui des eleves qui vont etre “choisis par leur Ram” (rabbin, superviseur, professeur principal, confident…qui va suivre l’enfant pendant 4 ans!).

On se regroupe dans le Beit Midrash (maison d’etude) et le ton est donne. Simplicite extreme touchant au denuement. L’essentiel est dans la boite, cranienne bien entendu. Ici les eleves des 14 ans sont consideres comme des adultes, soit dans une semiologie d’analyse transactionelle, on va parler a nos enfants un language adulte/adulte et non plus parent/enfant ou adulte/enfant. Petite revolution casuistique qui va provoquer des remous dans les tetes des “gentils parents” que nous etions jusqu’a ce vendredi…

Premiere lesson: nous apprenons a chaque instant.

La masse d’informations qui se deverse sur nous tous les jours est un veritable tsunami de betises, de frivolites et de violence. C’est a nous de faire le tri , de nous proteger et de selectionner ce que nous souhaitons apprendre. En bref, ce qui nous est utile, qui nous epanouit et nous grandit. L’objectif n’est pas d’apprendre quelque chose de trop simple car cela mene a l’ennui ni de trop complique car la frustration apparait rapidement, mais de quelque chose d’un peu plus complexe que son niveau afin de creer un petit challenge creant des occasions repetitives de depassement de soi…

Deuxieme lesson: nous apprenons de chaque chose.

C’est la que l’environnement prend toute son importance. Le desert, les pierres, la geologie mais aussi l’eau (et son abscence), l’hydrographie, l’aquifer, la nappe phreatique; mais encore les fouilles, l’archeologie, la decouverte des civilisations anciennes et leur mode de vie. l’ethnologie en un mot.

 Les animaux du desert et leurs moeurs: le ayal ou bouquettin qui circule en liberte aux abords du cratere et meme en ville! les animaux sauvages qui se deploient la nuit et dont on entend les cris des le crepuscule…

Troisieme lesson: on apprend pour soi, pas pour les notes (et pas pour le bac non plus!)

Les deux premieres annees sont constituees de ” limud proper”. Une etude deconnectee du diktat des notes, des “magenim” (moyenne ponderee annuelle) et des mifranim (examens). Ici, on apprend parce qu’on le veut bien et non pas parce qu’on vous l’impose. Encore une fois: on agit en adulte, on fait des choix et si on se trompe, on en paye le prix!

On doit sans cesse se demander: “Est-ce que l’etude me traverse, me remet en question, m’apporte des reponses et me fait grandir?”. Si oui, cette etude m’est profitable. Sinon, le process est a revoir: il est peu etre trop scolaire ou inadapte. Ma motivation est-elle en equation avec mes objectifs? 

Quatrieme lesson; personne n’oblige personne.

 Ici, on n’oblige pas les gens a se lever, ni a prier, ni meme a etudier! Alors a quoi sert l’equipe de direction? A parler, a communiquer et a comprendre les besoins et les attentes de chaque eleve. A developper son potentiel humain, physique et cerebral. A l’aider a se comprendre et a se construire. Ce sont des heures, des dizaines et des centaines d’heures (sur 4 ans) avec votre enfant. Ils le connaissent bien mieux que nous!

Savez vous combien de temps nous passons statistiquement avec notre enfant en tete a tete: 15 minutes…par semaine! Ca fait peur, tres peur. Combien de temps passons-nous devant nos ecrans (ordinateur + tele + pelephone + PDA…)? Il serait peut-etre temps de renverser la vapeur!

Cinquieme lesson: les eleves ont la parole.

En effet chaque annee une commission bipartite voit le jour. Elle est constituee d’un nombre egal de representants des eleves et du corps enseignant. Ils vont tout au long de l’annee discuter des options que va prendre la yeshiva. Plus de budgets pour la cantine ou pour les excursions? Decider des heures de prieres et d’etude, de la frequence des retours a la maison. Ou encore de l’organisation de la cantine et des toranut (aides a la mise en place et au debarassage de la salle a manger). On peut ici parler d’autogestion a un age ou d’autres etablissements proposent purement et simplement a leurs eleves d’etudier et de la boucler (“Moi c’est moi et toi, tais-toi!”) sous peine de renvoi! Je ne citerais pas de noms… 

On a prie la “kabbalat shabbat al sfat hamachtesh” avec le vent du desert qui gonflait nos chemises blanches, les transformant en parachutes et en fermant les yeux on pouvait ressentir les vibrations des airs en boucles ininterompues du Rav Shlomo Carlebach. Une petite danse discrete, a petits pas sur les cailloux inegaux et pourtant ensorcellante de bohneur. Une perte des reperes pour une meilleure communication entre le createur, sa creation et ses creatures…

On a mange, prie, chante et etudie avec nos enfants et on a ratrappe nos minables quart d’heures de condescendance et on les a remplaces par des heures de complicite et de dialogue.

Je me suis laisse envouter par ce desert, par cette chaleur etouffante. J’ai ete “battu a plate couture” par cette touffeur qui m’a plonge dans une torpeur delicieuse. J’ai repondu aux sourires des locaux par des sourires de visiteur et j’ai pleinement apprecie leur douceur et leur ecoute active exceptionelle.

Retour a la realite. retour au bercail. Mitzpe Ramon est un “trou”, le plus grand trou du monde. Sans “Kanyion”(centre commercial), ni canyon (depression traversee par un cours d’eau par opposition au cratere d’ou la source d’eau existe intrinsequement). Sans fard et sans strass. Nos sages disent: “Celui qui veut grandir dans l’etude doit se diriger vers le Sud”. Le Sud profond ou l’inertie est grande, mais l’agilite des idees encore plus grande. C’est certainement le meilleur endroit pour un adolescent qui veut se construire et repondre a ses questions.

Je me suis mis a reflechir au Lycee Turgot, metro Temple ou j’ai passe ces annees-la. On pensait refaire le monde. Un monde post soixante huitard et ses manifs de la Republique a la Bastille. Un lycee ou les “grands” avaient sequestre le proviseur dans son bureau et l’ avaient peint en rouge! Revolution de salon derisoire dans cette Gaulle qui n’en a jamais vraiment connue…

Je te souhaite le meilleur, mon fils. Je t’envie et te jalouse, car depuis Motsae shabbat, je suis prive de desert et toi tu en as a volonte. A deux pas de ta chambre, tu peux aller prier ton createur devant l’une de ses plus impressionnantes realisations. Tu peux ainsi mieux ressentir sa grandeur et sa puissance. Tu peux ainsi faire de toi un desert et remplir cete nouvelle vacuite par Sa parole et Son etude. “Ashrecha, achre chelkecha”. Bon vent (du desert) et prie pour nous! 

Que cette nouvelle annee scolaire te sois douce et agreable . Qu’elle te soit profitable et que tu nous reviennes chaque quinzaine grandi et etonne. Prie pour que nous soyons a ton nouveau niveau de reference. Que nous quittions definitivement nos habitudes et nos croyances de censeurs et de parents normatifs pour envisager une nouvelle forme de dialogue en adulte avec toi.

Shana tova umevorechet. 


Réponses

  1. Ca donne envie !!!


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