Henry James, lors d’une conversation avec son ami George Du Maurier (le grand-père de Daphné) sur leur “banc des confidences”, complimentait sur le parfait déroulement de la noce de sa fille. Ce dernier soupira et secoua la tête. Non qu’il eut la moindre objection a faire quand au choix du conjoint de sa fille Trixy:
-”C’est un garçon très bien, impeccable, dit-il. Je suis sur qu’il l’aime et qu’il saura s’occuper d’elle. N’empêche que c’est un arrachement, tu sais, quand la petite fille qu’on a nourrie, soignée, protégée durant de longues années devient soudain une femme, et ne veut plus de notre protection…”
(David Lodge, “L’auteur! L’auteur!” Editions Rivages)
De retour au clavier après une pause matrimoniale et un anniversaire discret, je suis tombé sur ce passage qui a attiré mon attention en cette période idoine…
Le mariage d’un enfant est un véritable “roadshow” d’une semaine. Vous avez beau être “cool and collected” avant la chuppa (dais nuptial), vous allez être pris dans un maelström, une suite ininterrompue de repas, de nouveaux visages et de bénédictions en chaîne…
Ce n’est que lorsque c’est terminé que l’on peut enfin faire le flash- back de l’événement , le “reverse engineering “ du projet. Avant, c’est la phase de conception du mariage avec ses tâtonnements et ses hésitations, ses zones d’ombre et ses interrogations. Pendant, c’est un chrono qui s’emballe, quelques heures qui passent comme des minutes et déjà les invites s’éclipsent…
Qui n’est pas venu?
Les gens ont-ils trouvé facilement?
Comment étais la nourriture?
Ai-je chanté juste la bénédiction sous la “chuppa”?
Les gens ont-ils aimé l’ambiance en général?
L’orchestre et la chanson pour les mariés?
L’attraction surprise et les cocktails du bar?
Tant de questions sans réponses et l’on va se refaire le film de la soirée pendant une courte nuit sans sommeil tellement l’excitation est grande…
J’avais déjà vu le film une fois il y a deux ans (traduction fade de l’hébreu: “Ayti basseret aze!”) en mariant ma première fille, alors j’ai décidé cette fois encore de “la kiffer grave” et surtout sans modération.
Je m’explique: comme ça se passait au bord de la mer et qu’on est arrive en avance, j’ai commencé par prendre un bon bain. En effet, avant un mariage l’égalité des sexes n’est pas respectée. Les filles étaient toutes coiffées et maquillées professionnellement ce qui leur interdisait tout plongeon sacrilège…
Quand la famille du “chatan” ( le marié) est arrivée pour s’habiller et se pomponner dans la pièce climatisée prévue a cette effet, j’étais en maillot de bain prêt a prendre ma douche. Ça commençait très fort! Je me suis habillé tranquillement et pendant que les deux familles poireautaient sous le cagnard, je finissais un polar de Ruth Rendell (lire “Polar aux yids”) allongé sur le canapé sous la clim, a la “kif-kifak” en un mot, quand la “mechutenet” (la belle-mère de ma fille) est rentrée “en eau” pour se “rafraîchir”…
Puis j’ai appris que le “Rav messader kidushin” (qui bénit le couple sous la chuppa) était bloqué dans les embouteillages, alors j’en ai profité pour “serrer des pinces”, faire mes civilités a tout un chacun en testant les cocktails du bar. On voyait le soleil descendre vers la mer et ça flippait dur pour les “media-planners” et les photographes qui craignaient tous de rater le coucher du soleil…
Le Rav est arrivé et on a bouclé “on time”. J’avais depuis le début de l’après-midi mis a plusieurs reprises quelques pastilles de Sédatif PC (Laboratoires Boiron homéopathique) sous ma langue afin d’être relax a l’heure H. J’ai même chanté (juste, believe it or not!) la “7eme bracha” sur l’air ashkénaze du consistoire israélite de France lentement et sans stresser. J’ai embrassé quelques dizaines de gens en liesse et j’ai accompagné les maries vers le “cheder yichud”…
Pendant le break, on a fait les photos de famille traditionnelles avec le papy qui manque et le bébé qui pleure, enfin la classique! Puis les maries sont sortis de leur tanière et les danses ont commencé. Je ne vous l’ai peut être jamais avoué, mais j’adore danser. J’ai viré ma cravate d’un seul mouvement et jeté ma veste aux orties. On a tourné longtemps (“dour, dour, dour”…) jusqu’au tournis, on a chanté avec l’orchestre a s’en casser la voix (Y’a pas que toi Patrick!), on a écrasé mes beaux mocassins en veau velours chocolat et ça m’a fait sourire. Bref, je planais a 10 000 pieds d’altitude…
Je suais comme un phoque en bénissant mes heures de footing et de natation pour le rythme cardio-vasculaire et l’endurance dont je faisais preuve à cet instant. Je profitais du break de l’orchestre pour aller changer de chemise (j’en avais pris deux de rechange, je vous l’ai dit, j’ai de l’expérience…). Chemise sèche et drink en main, on a chanté en famille (deux fois car on a eu un rappel!) la traditionnelle chanson pour les mariés que j’avais écrite en collaboration avec ma fille aînée (l’ancienne mariée) et que nous;avions sérieusement répétée dans la voiture sur le chemin de la plage…
J’ai arraché un morceau de rôti cuit a point et quelques légumes verts au buffet et je dévorais cela avec un bon “coup de rouquin” (un verre de vin rouge), quand la musique a repris. J’ai couru sur la piste et je me suis déchaîné a nouveau. Observez bien les danseurs dans les “smachot” et vous déterminerez assez rapidement ceux qui ont passé du temps sur les pistes de danse enfumées des boites de nuit et ceux qui ont usé leurs fonds de culotte sur les bancs de la “yeshiva”!
Trempé a nouveau et après un nouveau changement de chemise, j’ai invité sur la scène la vedette surprise: mon copain “Shmoo le rappeur fou” qui nous a régalé de deux chansons de son répertoire. J’étais sur la scène avec lui et j’ai dansé le break-dance (souvenirs, souvenirs…), chanté pour les refrains au micro, enfin quoi la grande“lachade” (du verbe se lâcher) des grands jours…
En bref, je me souviens seulement que j’ai enlevé mes chaussures et mes chaussettes et j’ai continué à danser pieds-nus avec des cloques et des blessures pour le mois suivant! J’ai fini par un rock endiablé, seul sur la piste avec ma fille de 9 ans (c’est encore possible avant la “Bat mitzva”, alors j’en profite!) avec un orchestre déchaîné qui m’a avoue avoir pris beaucoup de plaisir à nous en donner…
J’étais trempé, j’avais faim et la grande majorité des invités avaient déjà quitté le terrain. j’ai décidé d’aller prendre un bain de minuit seul sous la voûte étoilée (c’est avec la sel de la mer que j’ai enfin senti mes pieds!). Je me suis changé une ultime fois, mais la c’était en T-shirt et bermuda et on s’est assis en famille (les deux réunies) pour enfin déguster le repas que nous n’avions pu prendre toute la soirée. Silence et délice que ce petit a-parte familial: “un peu de douceur dans un monde de brutes…”
On a ramassé les cadeaux et les “doggy-bags” du traiteur et on les a entassé dans la voiture. On a embrassé une dernière fois les maries et on les a vu partir dans leur carrosse blanc (une Peugeot 307) décoré de bolducs bleu et blanc avec une petite larme à l’œil…
“Two down, five to go!” Et de deux dans le “pipe”, restent cinq autres à marier. Ça ne nous rajeunit certes pas, mais ce soir j’ai eu la pêche des grands soirs. J’ai été “messameach chatan vekala” (j’ai réjouis les maries) de tout mon cœur, de tout mon corps et de toute mon âme. Je les remercie encore pour tout le bonheur qu’ils nous ont donné et capitalise déjà sur le bonheur qu’ils nous donneront, SDV, jusqu’à 120 ans (“lelo kolel maam!”)…hors taxes!
J’ai participé consciencieusement à toutes les festivités de la semaine. J’ai remercié nos hôtes et nos amis pour leurs efforts et leur gentillesse. J’ai admiré “les tourtereaux” qui souriaient sans discontinuer, sur leur nuage, planant et riant a toute occasion. C’était un bonheur de les voir heureux et déjà si complices. On a fini sur les rotules, l’horloge biologique déréglée et l’estomac en bandoulière de tant d’agapes successives…
Merci a HM, merci a ma femme, merci à mes enfants, à mes amis et à mes invités. Merci à la vie et à l’amour, à la bonne humeur et à la franche rigolade. A très bientôt pour de nouvelles aventures, d’autres chants et d’autres danses, d’autres repas et d’autres “lechayim”, d’autres “divre torah” et d’autres prières…
En vous souhaitant, amis lecteurs de ce blog (et aux futurs), de nombreuses et belles ‘’smachot” cette année, de bonnes “fêtes de Tichri”, de bonnes nouvelles de paix, de joie et de bonheur et surtout une bonne forme à Sion!
Shana tova oumetuka

chana tova mon pote !! et encore un grand mazal tov !
S.
Par shmoo le 12 septembre 2007
à 1:58
tres beau,tres vrai! merci pour les gentilles choses que tu as ecris… ca marrive rarement de lire ton blog, mais je trouve que tu ecris avec tellement de veriter et de sinceriter… cest un plaisir!
Par lea kala le 19 septembre 2007
à 1:36
yafe!!
j’espere qu’on t’a rejouie,lea, parceque nous on a vraiment kiffe!!
je vous aime tous, chere famille et espere nous retrouver en forme dans trois mois pour le mariage de notre frere adore!!
Par debo le 24 septembre 2007
à 7:42