Publié par : didier1 | 23 septembre 2007

Meshane makom, meshane mazal

Nos souvenirs, bons ou mauvais, sont le plus  souvent relies a des lieux. Dans un partie de notre cerveau se trouve une videotheque remplie d’images, de bouts de film ou de simples sons qui surgissent pour temoigner sur ces tranches de vie. Notre periple a Sion n’a pas comporte de nombreuses peregrinations. Trois etapes en 11 ans ou deux seulement si on exclue le Merkaz klita qui a constitue notre camp de base…

Nous avons habite presque un an a Mevasseret (lire Hayom, yom uledet) et 7 ans a Har Nof (lire Har bluff). Nous avions touche le fond et cherchions tout azimut un nouveau quartier qui puisse nous convenir. Nous n’avions plus de cahier des charges, de demarche systematique avec une grille de souhaits multicriteres car nous vivions l’enfer (certes pave de bonnes intentions!) et comptions les jours qui nous delivreraient de ce cauchemar. Nous visitions des appartements, des maisons a l’achat et a la location. Nous voulions nous sauver (tarte mashma: body and soul) le plus rapidement possible. Fuir ces longues rues tristes et sans verdure, ces habitants resignes a la limite du desespoir. Et nous etions prets a tout…

Nous avions eu un elan d’espoir en visitant une grande et belle maison a Kyriat Yovel dans nos prix et qui semblait nee pour nous. Nous allions l’acheter, c’etait la fin de nos ennuis et de nos deceptions. Certes, le quartier etait en mutation societale et immobiliere et c’etait un risque que nous etions prets a prendre quand pour des raisons inexplicables, elle nous passa sous le nez! Nous etions desesperes et revenus a zero (bien que parler de zero pour Har Noff est une vue de l’esprit, une note negative conviendrait beaucoup mieux!). Gam zo letova… 

Nos enfants, surtout les plus ages nous serinaient avec Ramot. C’est la qu’habitaient beaucoup de familles de leurs copains et copines dans de grandes et belles maisons avec la vue sur la “vallee des peaux rouges” et l’acces direct a la foret de Jerusalem. Pour nous, Ramot c’etait la banlieue deconnectee du centre, des transports pour les ecoles des enfants, des commerces et de “l’action” que nous recherchions avec tant d’avidite apres ces annees d’hibernation forcee. En un mot: la “zone” et la vie de suburban pepere et reglee au millimetre…

Mais nous avions dit: “no limits”, alors nous nous sommes aussi interesse a Ramot. Nous nous sommes abonnes au Maagar Meda (un listing journalier des offres sur Jerusalem) et avons commence a eplucher les biens disponibles. Un Dimanche, je recois le fax du jour et decele une nouveaute que j’appelle immediatement. Le temps de contacter les proprietaires et nous decidons d’un rendez-vous pour le soir meme. mais trop impatients, nous nous y rendons dans la journee pour decouvrir une petite maison carree avec un petit jardinet situe dans une voie privee. On n’en croyait pas nos yeux. Tant de calme et de verdure et si peu de voisins et de vis avis pour un prix identique a celui de notre “slum” sale et bruyant. Nous avons emmene les enfants et apres la visite, nous avons pris une option a condition de le revoir de jour le lendemain matin a la premiere heure. On a valide, on a signe, on avait les clefs,  il ne restait plus qu’a…

On a demenage au plus vite, pour notre plus grand bonheur et celui de notre proprietaire avec qui mous etions en conflit. Je travaillais en France a cette epoque (lire Korban ole veyored) et ma femme a tout pris en charge jusqu’a epuisement total et complet! On a replante nos arbres dans le jardin et envahi cette nouvelle demeure avec hate et voracite. Cinq chambres a coucher pour neuf, c’etait le meilleur quota par chambre depuis notre “chateau francais”..

On a compris retroactivement que loin d’etre un trou perdu, Ramot etait en verite au centre d’un noeud de communications: grace au Kvish Begin, le Kanion Malcha pourtant diametralement oppose n’etait qu’a quelques minutes, que la route # 443 permettait la sortie de Jerusalem sans subir les bouchons de l’entree de la ville (et que desormais avec la route # 9, on shunte l’acces a l’autoroute  # 1 jusqu’a Mevasseret Tsion).

 On a decouvert notre voisin, le Rav de la communaute du coin de la rue et on a decide d’aller prier chez lui. On a joue le jeu, en anglais dans le texte, car les membres de cette shul sont ashkenazes et anglophones. J’ai meme etudie le Daf Hayomi en anglais! On s’est fait inviter immediatement par de nombreuses familles qui etaient ravies d’avoir des francais a leur table. De bizarres, nous etions desormais convoites! On a tout change a partir de ce jour beni. On s’est inscrit a la piscine du quartier, on s’est remis en forme et on a connu des tas de gens la-bas qui sont ainsi devenus nos amis. J’ai commence a donne des cours de francais a quelques anglo-saxons tres francophiles. Je suis meme rentre un temps dans le Vaad (l’equipe de direction) de la shul pour m’occuper du comitte “culture et loisirs”. J’ai ainsi organise un cycle de conferences sous forme de melave malka et des sorties pour les jours de Chol Hamoed. J’ai rencontre un canadien charmant qui m’a fait un “shidduch” avec le patron d’une boite americaine de Telecom a Har Hotzvim (a deux pas de la maison) qui m’a engage et depuis ce jour, je ne voyage plus comme avant…

Notre vie a change. Nous avons de vrais amis qui nous aiment et sur qui nous pouvons compter. Nous avons une vie sociale riche et variee. Nous avons ressere les liens familiaux et retrouve cette spontaneite qui nous avait fait tant defaut toutes ces annees. Last, but not the least, nous avons eu une serie impressionnante de smachot et ce, a une cadence ultra rapide: deux mariages et BHM un troisieme dans le “pipe”, une bar-mitzva et une bat-mitzva! Nous sommes redevenus nous-memes et avons commence a revivre notre couple  en harmonie comme par le passe. C’etait comme se reveiller apres un long sommeil qui avait engourdi nos membres et ralenti le cours de notre pensee. Notre maison s’est remplie de chants et de prieres et notre courette attenante au salon s’est transformee en “salle de verdure” pour recevoir nos amis dans un ecrin de plantes grimpantes et d’hibyscus en fleurs! 

“Meshne makom, meshane mazal”, ce n’est pas une legende! Nous avions tant attendu, tant cherche et tant tourne en rond. Des annees d’attente, de patience et de prieres sans reponse et tout d’un coup, la delivrance, la liberte d’action et de pensee. Le bonheur des promenades en foret et les visites spontanees aux amis, les repas de shabbat enfin partages et des projets en pagaille. La serenite sur le visage de ma femme et le sourire sur celui de mes enfants, qui passent d’une maison a l’autre pour faire leurs devoirs, jouer et dormir chez leurs amis.

Quand j’entends des francais qui souffrent dans des cadres retrecis regis par des regles d’un autre temps et qui ne leur conviennent pas du tout, je leur suggere de s’autoriser a penser “out of the box” et d’envisager un virage a 180 degres. Ce n’est pas simple car ils doivent avant tout se debarasser de leurs complexes et de leurs fausses croyances (souvent inculquees par leurs rabbanim francais eux-memes restes bien au chaud en France en attendant la retraite!). On ne sort pas d’un “trip” sans en avoir atteint les limites extremes et souvent pour les autres, helas, ”l’experience est une lanterne que l’on porte dans le dos” (Lao Tseu)…Vehamevin yavin!

Je souhaite a chacun d’entre nous de trouver son makom, ses 4 amot ou il se sentira bien. Bien dans sa tete et bien dans ses pieds, bien dans sa chevra, son limud et ses loisirs. Il n’y a pas de recettes pour cela et chacun doit prier pour meriter d’atterir sur la bonne piste, sans detournement ni prise d’otages! L’essentiel etant de vivre, d’etre heureux et de rester en forme a Sion.

  


Réponses

  1. super!!
    c’est tout a fait vrai

  2. Ah!!! Comme tout celà est juste!!! Qu’il est dur de trouver son endroit en Israel… C’est comme sur les anciens postes radios, à deux volants pour trouver la fréquence: l’un deux permettant à l’aiguille de passer en un instant de 90fm à 105fm et l’autre permettant un reglage fin entre 105.21 et 105.23 pour trouver la meilleure écoute… L’alya, c’est comme passer du mauvais côté de la bande FM à la bonne zone de fréquences… Trouver son endroit, la communauté et l’environnement qui convient, c’est déjà un tuning beaucoup plus ardu… Surtout que parfois, d’une rue à l’autre ou d’un immeuble à l’autre, c’est un monde d’écart…

  3. [...] Ramot depuis bientôt 4 ans (lire “Meshane makom, meshane mazal“) et c’était donc mon troisième Purim dans ce quartier. Mais, comble de bonheur, [...]

  4. ah !! ca sent le soleil tout cela !!! vous auriez une petite place dans le joli jardin pour que je vienne planter ma tente quelques jours ?? :-) )
    (demande sérieuse ! je cherche une famille d’accueil pour leargish cmo bmishpakha bisrael !!)
    shalom
    chana tova oumetouka
    valerie (de paris, ou il fait si gris !!)

  5. Chere Valerie,

    Il faut preciser la demande…

    Quand? Qui etes-vous? Quelle est votre motivation?

    A bientot.

    Gmar ‘hatima tova,

    Didier


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