Une crise est souvent définie comme une situation aiguë, difficile à gérer, ayant des conséquences importantes et durables (parfois néfastes). Elle peut résulter d’un accident ou d’une évolution normale d’une situation. Cette dernière remarque conduit à penser qu’il serait plus juste de considérer que la crise est un processus de passage d’une situation à une autre
(Wikipedia, l’encyclopédie libre)
Statistiquement, la crise de milieu de vie (CMV), “mid-life crisis” en anglais, se déclenche entre 37 et 48 ans et correspond à peu pres à la moitie de l’espérance de vie dans les pays développés. En fait, on constate qu’elle se manifeste de plus en plus tôt ou de plus en plus tard!
La crise en milieu de vie, ce peut être aussi une affirmation non de ce que l’on veut mais en tout cas de ce que l’on ne veut plus (une affirmation de soi en quelque sorte pour négocier avec grâce et panache les derniers virages de sa vie);
Plus de temps a perdre, a attendre le bonheur et comprendre que le bonheur est un moyen de cheminer…maintenant, tout de suite, aujourd’hui même!
Plutôt que de se projeter dans un bonheur qui bilan fait ne sera jamais au rendez-vous…
La “CMV” nécessite un événement déclencheur qui peut etre un simple indice:
- Se faire rétamer par son fils au tennis ou les premiers fléchissements de la virilité pour un père.
- Voir des regards d’admirateurs se poser sur sa fille (“Madame” de Georges Moustaki) ou l’arrêt de la capacité d’enfanter pour une mere.
Ou des événements plus graves ou plus dramatiques:
-Difficultés professionnelles, crainte d’un licenciement
-Approche de la retraite
- Premiers problèmes de santé
- Disparition d’un des parents
L’homme qui entretient un rapport au temps linéaire et dont la quarantaine symbolise l’apogée de son statut social, de sa réussite financière et de son pouvoir devient existentialiste et se retrouve coince entre deux générations: celle de ses enfants, à qui il n’est plus indispensable et celle de ses parents dont il devient responsable.
La femme dont le rapport au temps est pluridimensionnel rencontre la ”CMV” quand il a existé une hypertrophie d’un secteur de sa vie (maternité ou vie professionnelle) ou lors de la découverte du “syndrome du nid vide” (enfants qui ont quitté la maison et “volent de leurs propres ailes”, lire le post “Empty nested”) ou encore à la ménopause.
Néanmoins, les femmes sortent mieux de cette crise que le hommes par leur capacité à renoncer, à s’adapter et à exprimer leurs émotions.
La crise de milieu de vie, c’est aussi une «crise parentale»:
«Face à un enfant qui atteint sa maturité sexuelle, les parents développent inconsciemment une rivalité, manifestée par la jalousie ou par un désir de séduire, dixit le Pr Braconnier. Parallèlement, les enfants rejettent les rêves et les espoirs que les parents ont projetés sur eux. Cela entre en résonance avec les blessures narcissiques que la vie inflige aux parents.» (lire le post “Win-Win”)
A la crise d’adolescence se superpose la crise de “maturescence”, soit un prolongement ou une deuxième crise d’ado du type:
- “Ou vais-je?”
- “Ou cours-je?”,
- “Dans quel état j’erre?”
Crise qui est d’autant plus violente si la crise d’ado n’a pas été vécue en son temps! Par opposition, cette remise en question ne nécessitera que des aménagements si les choix ont été bons et bien gérés.
C’est souvent quand l’adolescence a été trop sage ou au contraire trop opposante, que la vie d’adulte s’organise sur des choix incohérents, fondés par le renoncement à ses propres désirs ou par l’opposition systématique de ceux de ses parents. La “CMV” voit ainsi se rejouer sur la scène de l’inconscient ce qui ne l’a pas été suffisamment à l’adolescence. D’où un état para-dépressif proche dans ses manifestations de la morosité de l’ado.
C’est l’heure de ou chacun peut décider de mettre un peu de vérité dans son couple pour lui redonner de nouvelles chances de durée plutôt que d’envisager des décisions inconsidérées dictées par la passion (“démon de midi” pour les hommes, recours au “culte du jeunisme” pour les femmes).
Certains tentent d’échapper a la crise:
- En “changeant de braquet”. Ils décident de moins travailler, de prendre plus de temps avec les autres, d’être plus créatif.
- En niant la crise et en continuant au même rythme jusqu’à l’épuisement.
- En élaborant des projets utopistes ou alors en conjuguant repli et passéisme.
Cette “CMV” n’est pas un phénomène moderne mais il est exacerbé par une société dont le changement est devenu partie intégrante, qui voue un culte à la jeunesse et ou le temps de réussite est très court.
Avant 30 ans, on est rejette car manquant d’expérience. Après 45 ans, si l’on a pas réalise un “major move”, on est plus un “bon”.
Et dans une société ou vieillir est devenu socialement incorrect, ou la crainte du déclin et la récusation de la mort sont légions, les vieux sont oubliés.Si sous certaines latitudes, vieillir c’est acquerir la sagesse et le respect (Zaken = ze kanq chochma), en Occident, c’est la décrépitude.
Il faut passer de la realisation de ses desirs a a realisation de soi et la seconde partie de la vie (mi-vie) est propice à la conceptualisation et à la reflexion. Les “grands” ont d’ailleurs souvent réalisé leurs grandes oeuvres à l’age mur…
Ce passage (pas sage?) est synonyme de remise en question et de prise de conscience pour mieux reconnaître ses limites. Il induit le processus d’individualisation:
- penser à soi, être- soi et devenir ce que l’on est vraiment. Ce n’est pas la perte des illusions mais le réajustement de l’illusoire!
- se rapproprier, à sa manière, sa capacité à assumer sa vie, a la penser, a l’inventer et l’inventer toujours, dans une moindre dépendance par rapport a autrui.
- se recentrer sur son intériorité quand la société mise tous ses jetons sur l’apparence et l’extériorité. Engager une réflexion sur soi, une prise de conscience de soi.
- sublimer sa vie par des activités religieuses, culturelles et artistiques.
- s’engager dans la “generativite”, c’est à dire l’investissement auprès des générations montantes (enfants, petits enfants) pour donner un sens a sa propre vie…
- “Pirush acher”, autre version: la CMV pourrait provenir d’un carence du cerveau en Dopamine (dope-amin?). Il nous reste donc a doper notre Emunah et placer une fois de plus notre confiance en D…
Certes la pression de la vie sociale et nos emplois du temps surchargés veillent a faire taire notre besoin d’écoute de notre partenaire, d’un ami ou d’un professionnel, mais les progrès d’individualisation personnelle ne se mesurent qu’ au prix d’un effort constant et d’une volonté farouche et a l’aune de nos capacités d’acceptation de la critique, de changement et de ré-éducation.
Pour conclure… une fois n’est pas coutume, citons Rudyard Kipling dans le début d’un de ses poèmes:
- “Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, Ou, perdre d’un seul coup le gain de cent parties Sans un geste et sans un soupir… Tu seras un homme mon fils.“
En cette période de Succot, ou nous mettons notre matérialité en veilleuse pour sortir sous la protection des nuées de gloire de la Succa (“Chem shamayim chal al hasucca”- Guemara Succa), profitons de ce moment de grâce pour résoudre nos crises, et notre CMV en particulier, en opposant a nos “gamberges” cette joie pure puisée dans les danses de la “simcha Beit Hashoeva” (des libations d’eau) exclusives a la fête de Succot.
Moadim L’simcha, Chagim uzmanim lesasson
Pour en savoir plus :
“La crise du milieu de vie, une deuxième chance”
de Françoise Millet-Bartoli,
Édition Odile Jacob, Septembre 2002.
218 p., 22 euros.
exellent article ov
Par didier1 le 17 octobre 2007
à 12:08
excellent article !kol a kavod biz
Par didier1 le 17 octobre 2007
à 12:10