Deux de mes filles ont effectue leur sherut leumi (SL) et la troisieme s’apprete a le faire l’annee prochaine.
Grande “ecole de la vie” pour un, voire deux ans apres le bac, le SL presente un terrain d’apprentissage grandeur nature ou la jeune adulte se trouve confrontee in-vivo aux difficultes de la societe israelienne.
Neanmoins, il requiert une guidance et un suivi qui n’est pas toujours au rendez-vous.
“Pro and cons” d’un passage obligatoire pour toutes les jeunes filles qui ont choisi cette voie…
Avant de vous raconter les experiences respectives de mes deux filles, j’aimerais vous faire partager ma position sur le SL, et surtout sur la dimension demesuree qu’il occupe pendant la classe de terminale:
Des la premiere reunion des parents d’eleves pour la classe de Yud Bet, on nous parle du SL en long, en large et en travers.
- On nous bassine sur son role educatif inamovible, sur sa necessite absolue et sur son role de pivot dans l’itineraire de la jeune fille “dati-leumi”.
- On nous saoule avec les differents organismes qui se concurencent ferocement pour optimiser a qui mieux-mieux cette noble tache.
- Puis on nous rabat les oreilles avec les differentes options qui se presentent lors du choix tactique “du terrain de stage”.
- Sans compter que les regles d’admission changent chaque annee et ne sont pas representatives de la qualite des stagiaires car elles ne refletent pas leurs qualites intrinseques.
- N’oublions pas la formule de SL: seule ou en “garin”.
Le garin est un groupe de filles de la meme ecole, souvent de la meme classe, sinon de la meme “shichva” (promotion). Les avantages sont multiples: rester en terrain de connaissance et s’integrer en douceur en etant epaule par ses camarades, et dans la foulee, truster les postes disponibles (les “tekanim”) du terrain de stage qui est souvent un “ezor pituach” (une zone en developpement).
J’ai eu la mauvaise idee de recentrer le debat sur le cursus universitaire en argumentant sur le fait que outre le SL, il serait plus efficace que les jeunes filles s’interessent aussi a leurs etudes post-bagrut…pour peu qu’elles se marient tot et ne perdent pas une annee supplementaire apres le SL.
Que n’avais-je pas dit! Les filles avaient tout le temps de penser a leur orientation universitaire…pendant le SL, justement!
On n’en sortait pas et j’ai laisse tomber pour me “couler dans le mainstream” en silence.
Mes deux filles ont toutes deux choisi l’option “garin”: l’une a ‘Hatsot Haglilit en Galilee, l’autre a Kfar Yavetz pres de Natanya.
La premiere a atteri dans un yishuv cree en 1955. C’est ecrit en gros sur la grille de l’entree. J’en ai deduit qu’en 2005, ca faisait deja 50 ans que des gens habitaient la…et c’etait toujours classe en “zone de developpement”. Sans commentaire!
Nous lui avons rendu visite a ‘Hol Hamoed Succot avec tout le reste de la famille pour nous rendre compte de la realite du terrain. Et la, catastrophe: notre fille etait deja au bout du rouleau…
Fatiguee, deprimee et surtout pas encadree!
Une dizaine de jeunes filles compactees dans un appartement a deux ou trois par chambre avec une salle de bains unique (c’etait un exploit pour prendre la douche et laisser de l’eau chaude a sa room-mate!). Une cuisine dans un etat second et un salon compose de meubles de recuperation depareilles…
Passons sur le look, s’il y a du fun!
Mais la joie n’etait pas au rendez-vous:
- Des adolescentes confrontees a des problemes structurels sans fin.
- Du chomage chronique et de la petite delinquance derivee.
- Une pauperisation a l’aune du desengagement de l’etat pour ces “iriyot pituach” qui ne contiennent que ceux qui ne peuvent plus s’enfuir de la!
J’avais remarque au telephone que ma fille semblait accablee par toute cette misere:
- Il n’y avait pas assez d’heures dans la journee tellement le chantier etait vaste.
- Nous ne comprenions rien, selon elle, a la situation sur le terrain de notre maison de Ramot B, le coin des “mefutsatsim”! (des blindes!)
- Nous devions l’aider, en participant financierement car les enfants n’avaient pas les vetements adequats, le materiel scolaire…et le casse-croute de 10h le matin. Ma fille et ses copines achetaient chaque jour du pain et du chocolat a tartiner pour nourrir a la pause du matin des enfants qui n’avait pas souvent pris de petit-dejeuner…
- Elle devait acheter des livre pour un enfant dyslexique qu’on lui avait confie a l’ecole! Je n’avais pas de problemes avec les livres, c’est la dyslexie de l’enfant qui me posait probleme car je ne voyais pas vraiment en quoi ma fille pouvait aider cette enfant sans competence aucune dans ce domaine…
- Elle a ramasse de l’argent aupres d’amis proches et elles ont confectionne des colis, pour des familles demunies de ‘Hatzor, pour les fetes de Tishre.
- Puis comme sa “Merakezet”, sa responsable de stage, a vu qu’elle etait un bon “fund-raiser”, elle a commence a lui soumettre des cas sociaux, un apres l’autre…A cette epoque la municipalite ne pouvait plus assurer les salaires de ses employes, ayant accumule dans certains cas plusieurs mois de retard!
- Ma fille a lance un appel au secours et de genereux donateurs ont eponge qui des factures d’electricite, qui des retards de makolet…
Elle est restee jusqu’a Hanukka ou nous avons decide son “rapatriement sanitaire”: elle souffrait de problemes digestifs a repetitions avec des pertes d’energie regulieres. Il lui arrivait de s’assoir par terre epuisee et accablee devant l’ampleur de la tache restant a accomplir!
Elle a fait la deuxieme partie de son SL d’un an dans un “mossad”, un organisme qui s’occupait de diffuser des cours et des conferences sur la Shoah, ainsi que des visites guidees a Yad Vashem.
Apres quelques jours “en immersion”, a lire du “chomer” sur la Shoah, on l’a intronisee “madricha” et elle a commence a donner des conferences dans les lycees du pays et faire des visites du site pour la memoire de la Shoah a Jerusalem…
Elle savait tout juste son texte souvent confrontee a des interlocuteurs qui maitrisaient le sujet bien mieux qu’elle!
Quand elle appris que l’organisme etait dument remunere par les demandeurs de ces prestations et qu’elle touchait un miserable salaire de 600 shekels par mois!
C’etait le pompon! Elle prenait le job qu’un etudiant en histoire aurait ete ravi d’occuper pour payer ses etudes. Elle n’aidait en rien la “Medina”, mais remplissait les caisses d’un organisme en leur servant de main d’oeuvre bon marche et corveable a merci…
Experience peu glorieuse somme toute, mais experience tout de meme. Ses amis restees “sur le terrain” avaient eu le temps de prendre une dizaine de kilos chacune tant elles mangeaient de facon desequilibree et ne faisaient pas de sport…par manque de temps!
Nous avons tire profit de cette seconde periode yerosolomite pour re-regler notre “petite horloge suisse” en lui procurant soins medicaux, nourriture idoine et sommeil compensatoire. Elle en a profite pour passer ses psychometriques et s’inscrire au Technion dans la foulee en temps et en heure.
Pour la seconde, nous avions vu le film une premiere fois et le choix a ete plus muri:
- Elle avait deja passe ses “psychos” en classe de Yud bet et avait une assez bonne idee de ce qu’elle voulait faire apres le SL.
- Elle a effectue de nombreuses visites sur les sites et a verifie l’existence et la competence d’un encadrement sur place avant de faire son choix.
- Elle a opte pour ce qu’elle voulait vraiment faire: donner du soutien scolaire comme elle en avait recu lors de notre premiere annee d’alyah au merkaz klita de Mevasseret Tzion.
Ca a plutot bien fonctionne pour elle. Les gosses et les familles l’adoraient et l’ont fetee lors de son depart. Elle a meme invite certains parents a son mariage!
Ce n’a pas ete aussi radieux pour toutes les “bnot shirut” de leurs promotions:
- Affectees dans des familles d’accueil presentant des problemes sociaux inextricables (alcoolisme, violences conjugales…j’en passe et des meilleures!)
- Affrontant des problematiques sociales et psychologiques pour lesquelles elles n’etaient pas preparees, ni suffisament formees.
- Livrees a elle-meme avec un encadrement symbolique et souvent deborde lui-meme.
Je tairais les risques corporels et les dangers que certaines ont experimentes, vous iriez croire que je fabule!
Pour ma troisieme fille, nous allons “double-cheker” l’organisme et le terrain de stage en controlant la “mission” de la bat sherut et son “parterre de competence” sans oublier les moyens mis en oeuvre pour lui rendre la tache possible.
En conclusion, le SL peut representer une formidable opportunite pour nos adolescentes gatees et choyees jusqu’en Yud Bet, en se colletant a d’autres gens et sous d’autres horizons pendant un an ou deux.
Je mettrais cependant un bemol a l’enthousiasme des candidates au SL:
- Ne pas oublier de preparer “l’apres-sherut” des la classe de Yud Bet (psychometriques et renseignements des notes necessaires pour l’inscription a l’universite afin de parvenir au “sechem” necessaire, soit la moyenne ponderee entre la “bagrut” et les “psychos”)
- Gare a l’improvisation et aux surprises associees qui peuvent faire perdre une annee scolaire (“ashlamot” ou rattrapages divers et repassage des “psychos”)!
C’est donc munie de vos bagages pour l’enseignement superieur que vous pourrez, mesdemoiselles, choisir sereinement et efficacement votre destination finale pour un SL reussi.
Servir son pays dans de bonnes condiSions, c’est une cle pour une meileure integraSion!
Sherut moyil a toutes.