“C’est un endroit qui ressemble a la Louisiane, a l’Italie.
Il y a du linge étendu sur la terrasse et c’est joli.
On dirait le Sud, le temps dure longtemps.
On aurait pu vivre plus d’un million d’années …et toujours en été!’
Nino Ferrer (1974)
J’ai chante cette chanson au mariage de mon fils (lire “Mazal Tov”) car elle a toujours reflétè pour moi une atmosphère de plénitude et de sérénité, de part son rythme lent et sensuel…
Mais ce shabbat a Mitzpe Ramon pour rendre visite a mon cadet (lire “Al sfat hamachtesh”), j’ai pris pleinement la signification de ce texte qui reflète l’inertie et la spécificité du Sud quel qu’en soit la latitude.
Récit d’une exploration “dromit”, australe…
Nous avons quitte Jéru ce vendredi vers midi et comme le chemin est long (plus de 2 heures 1/2), nous avons décidé de faire un petit crochet pour déjeuner a Netivot…
Donc vers 13h00, nous quittons l’axe de la Route 40 a Qama pour bifurquer vers Netivot, soit 17 kms aller et autant pour le retour. Mais pour goûter les brochettes de “kaved avaz”, le foie gras israélien, que ne ferait-on pas?
On s’en léchait les babines et la place de stationnement libre devant le “Shipoude Hapina” était de bonne augure…pourtant l’endroit ne semblait pas très éclairé…
Je suis descendu pour faire la commande quand la porte a refusé de s’ouvrir!
Il était 13h15. Il fallait se rendre a l’évidence, le resto n’ouvrait pas le vendredi!
Pour faire contre mauvaise fortune bon cœur, on a décidé d’aller manger autre chose. Mais comble d’étonnement: tout était fermé. Pas la moindre pizzeria, sandwicherie ou même “makolet”!
On s’est rabattu sur le supermarché du bled, en sautant sur deux barquettes de charcuterie tranchée accompagnée de chips mexicaines avec rinçage a la bière…”faute de grives on mange des merles!”
Ce ne serait qu’une anecdote, si tous les magasins n’arboraient pas ce look “has been”, vieux jeu et passé de mode. Les rues étaient quasiment vides et on sentait une pauvreté ambiante a l’aune des produits de mauvaise qualité qui étaient proposés a la vente.
Puis nous avons repris la route ou les paysages urbains ont vite laisse place aux installations précaires des bédouins puis au désert.
Et la chanson de Nino Ferrer qui résonnait en boucle dans ma tête…
Notre arrivée a Mitzpe Ramon n’a fait que confirmer le diagnostic sauf qu’a 15hoo, la ville ressemblait a la Grand’Rue déserte des westerns de mon enfance.
Un “sof shavua al sfat hamachtesh”, une fin de semaine au bord du cratère est une expérience unique:
- le silence tout d’abord qui vous saisit tellement il semble “solide” autour de vous;
- puis, la vivacité de l’air qui vous pique les joues et s’insinue dans vos manches. vos chevilles et votre cou en provoquant des petits frissons délicieux;
- enfin, la stupéfaction devant cette magnifique nature, ces canyons qui s’étendent a perte de vue et ces bouquetins qui s’installent partout très a l’aise, jusque sur la pelouse du parc pour enfants entre le toboggan et les balançoires!
Cure de prières, de silence et de repos au contact de la création qui n’a pas du beaucoup bouge a travers les siècles.
Et pendant cet “espace-temps”, je passais en revue tous les “Suds” que j’ai appréhendé durant toutes ces années:
- Le sud de la France:
Passé Marseille (la première ville arabe traversée par le Paris-Dakar), le rythme décline, la langue chante, la végétation et les bruits aussi. En été, la garrigue résiste au soleil brûlant et le son des criquets déchire le silence concurrencé par le souffle du vent dans les oliviers. Les gens prennent leur temps et “bullent” aux terrasses des cafés avec des gestes lents et calculés…
- Le Sud de l’Italie:
Passé Rome, c’est la gabegie! La plage d’Ostie est surnommée “la plage des voleurs” et nous en avons fait l’expérience cuisante lors d’un voyage avec mon épouse (ma fiancée a l’époque)…un petit coup de cutter pour escamoter la petite vitre latérale triangulaire et le tour était joué… et nos bagages envolés. Retour en shorts et en sandales avec la complicité du chef d’escale d’Air-France afin de nous soustraire des affres d’un week-e-d du 15 Août sans armes ni bagages!
- Le Sud des USA, le Mexique:
Pour une petite virée a Tijuana en Baja-California, limitrophe de San Diego, l’extrême Sud de la Californie. Des souvenirs de rues crasseuses avec un asphalte quasi-liquide du a la morsure du soleil brûlant, des” bodegas”. des “bouis-bouis” tous les trois pas avec leur cortège de plats mitonnés dans des marmites noires de suie dans des cuisines miniatures ou trônent des “mamas” imposantes et luisantes de sueur…
- La Martinique:
Une province française a 10 000 kms de la mère patrie ou nous sommes arrivés un Vendredi très proches de l’heure de Shabbat et ou le chauffeur, nous voyant pressés, s’est exclamé dans un créole a couper au couteau:
” Doucement, soyez cools, on est pas en métropole ici!”
Il avait tout dit, quand sur “l’autoroute” (a deux voies), il s’est arrêté sur la voie rapide pour faire la causette avec un cousin, j’ai failli craquer…
Des hommes torse nus qui font reluire les chromes de leur voiture en buvant des bières, des “mamas” assises sous des auvents pour prendre le frais et des enfants qui s’ébattent en plein soleil dans des terrains vagues…
- l’hémisphère Sud: L’Ile Maurice.
A la hauteur de l’Afrique du Sud, a l’est de Madagascar et proche d’un autre DOM, L’Ile de la Réunion, Maurice est un patchwork de noirs, de métis et d’asiatiques.
La, le service est illimité et la gentillesse des habitants itou: vous prenez un taxi et il vous suit toute la journée, porte vos paquets, vous conseille, négocie pour vous chez les commerçants et vous ramène au bercail a la nuit tombée. Ici, le mot “stress” ne figure pas au dictionnaire, ni en anglais, ni en créole, ni en un quelconque dialecte hindou! Il est tout simplement banni du vocabulaire et on se prend a rêver que l’épidémie se propage a la vieille Europe et au reste du monde…
En gros, le Sud c’est:
- la frontière entre l’organisation et la “démerde”;
- la paupérisation au fur et a mesure que l’on s’éloigne du méridien;
- la désorganisation, le flottement dans le cites et dans les mœurs de leurs habitants;
- la corruption institutionnalisée et les “systèmes parallèles” qui font la loi au quotidien (clans, mafias, pegre…);
- l’insécurité, le chômage et l’illettrisme;
- le “système D”, la “protektia” (le piston) et les expédients.
Mais le Sud, c’est aussi:
“Y’a plein d’enfants qui s’amusent sur la pelouse…y’a plein de chiens,
Y’a meme un chat, une tortue, des poissons rouges…il ne manque rien!
On dirait le Sud, le temps dure longtemps.
On aurait pu vivre plus d’un million d’années …et toujours en été!”
Tulup, tulululululululup, tulululululululululululululup….
Tulululululu…
Tulup, tulululululululup, tulululululululululululululup….