J’y vais trois fois par semaine, le matin de 8 a 9, soit les jours pairs: le yom Sheni (Lundi), le yom Revihi (Mercredi) et le yom Shishi (Vendredi).
Les autres jours, les heures pour les hommes sont de 7 a 8, ce qui implique de prier a 6 heures et comme je suis “trop au lit pour être au netz!” (trop poli pour être honnête) alors je fais l’impasse sur la “pistoche” ces jours-la et je coure (lire “Promenades”)!
J’y suis abonné depuis mon arrivée a Ramot, c.a.d que je passe en quatrième année.
C’est une piscine couverte qui fait 25 mètres de longueur. Elle ne “casse pas de briques”, mais elle est bien pratique et fait partie du paysage de mon quartier.
Récit de petits matins, les pieds dans l’eau…
Certes, ce n’est pas “feu” la piscine en plein air de Bet Zayit que nous avons “squatté” a chaque saison lors de notre “séjour” a Har Nof. Enchâssée dans un écrin de verdure en contrebas de la foret de Jérusalem, elle incarnait notre coin de paradis a Sion.
Nous étions des piliers du lieu et avions tellement nos habitudes que le gérant a fini par nous donner le double des clefs, si bien que le Vendredi matin après la fermeture officielle, nous étions les heureux bénéficiaires d’une piscine privée!
Elle a fermée un peu avant notre départ pour Ramot en laissant une plaie béante dans nos cœurs, le moshav de Bet Zayit n’ayant pas voulu lui renouveler la gérance en prétextant qu’il n’avait pas fait les travaux d’entretien nécessaires pendant son bail…et allégeant le seul regret que nous aurions pu avoir de quitter Har Bluff!
Mais oublions les rêves et revenons a la réalité:
Le centre nautique Djanogly, c’est ainsi qu’il s’appelle, comprend un bassin couvert et un “matnass” (un centre sportif) composé d’une salle multi-sports et d’un centre de fitness (lire “Sport en boite”).
Quand on s’abonne, on reçoit un petit “tag”, un petit bidule qu’on accroche a son sac de sports et que l’on présente devant le récepteur du tourniquet de l’entrée pour en autoriser l’accès.
Puis on entre dans un sas on se trouvent les locaux du personnel:
- la caissière tout d’abord, ou plutôt les caissières car il y en a deux: celle de la semaine et celle du vendredi. Celle de la semaine est une petite boulotte pas très loquace. Elle fume comme un pompier et joue a la perfection son rôle de cerbère en aboyant de temps en temps a travers la guérite qui lui sert d’abri. Celle du vendredi est plus accorte bien qu’elle ne laisse rien passer non plus. Elle est peut-être moins blasée ou moins défraîchie a rester comme sa collègue de la semaine toute la sainte journée a lire des revues ou a “tatasser” avec le maître-nageur ou les gens de la maintenance…en russe dans le texte!
- le maître-nageur ensuite qui a beaucoup change ces derniers années. Nous avons eu tous les modèles:
- le grand costaud qui “se la pète” et finit sa nuit sur sa chaise longue ses lunettes de soleil sur le nez;
- le studieux qui doit suivre des cours par correspondances et fait ses devoirs pendant ses heures de surveillance;
- le religieux qui prie les tephilines sur la tête et confond piscine, shule et mikve;
- le mélomane qui fait bénéficier les nageurs de pièces d’opéra ou de “chazanut”, toujours “full blast”, a plein volume;
- le nerveux enfin qui épie tous les nouveaux entrants et les renvoient a la douche si par bonheur il les prenait “en flag” d’être encore secs en tentant d’ entrer dans le bassin.
Mon choix ne va a aucun d’entre eux et comme les heures ou je fréquente la pistoche sont celles des nageurs, tous ces gentils messieurs peuvent bien se garder leur virtuelle surveillance et nous laissez barboter en paix…
- l’homme de la maintenance enfin , un grand sec “comme un coup de trique”, a qui il vaut mieux n’avoir besoin de rien avant de lui demander quelque chose! Une fois, j’avais appelé la pistoche peu après être rentré chez moi en me rendant compte de l’absence de mon maillot de bain et personne ne répondait même après avoir laisse sonner maintes fois. Je suis retourne sur les lieux afin de le récupérer et il me barra la route en me demandant brutalement ce que je voulais. Je lui expliquais que je venais récupérer mon maillot et que ça aurait été plus simple pour moi si quelqu’un avait daigné répondre au téléphone…il m’a répondu avec impudence que la pistoche n’était pas “Bezeq benleumi”!
Ensuite, on arrive aux vestiaires:
L’odeur acre de la javel vous soute a la gorge des l’entrée et ne vous quitte plus même après la douche, c’est l’odeur de la pistoche et il faut faire avec…ou s’abstenir d’y venir.
Des bancs en plastique, des patères pour accrocher les vêtements et des casiers qui ne ferment pas pour entreposer ses objets personnels, que presque personne n’utilise…sauf les enfants des écoles qui luttent en hurlant pour se les approprier en fonction du numéro fétiche qu’elles portent
Les habitues ont leur coin que les nomades respectent surtout si l’age des membres rentre en jeu. Les visiteurs font ceux qu’ils peuvent et se glissent entre deux “bivouacs” crées par deux habitues plus “balaganistes” .
C’est fou ce que les socio-types (lire “Tool Box”) s’expriment dans les vestiaires des piscines:
- les “facilitants” se débarrassent immédiatement de leurs vêtements qu’ils “jettent en tapons” sur les bancs” et enfilent un vieux maillot défraîchi et délavé par la javel. Puis ils crachent sans vergogne dans leurs lunettes pour en extraire la buée;
- les “promouvants” revêtent des tenues de bain bariolées de type surfer, un rien “baggy” et qui atteignent ou dépassent le genou;
- les “controlants” passent au “defogger” leurs lunettes réglables a attache unilatérale, un liquide spécial pour évacuer la buée résiduelle due a l’humidité du bassin et inspectent la température et la propreté de l’eau au regard des échantillons prélevés toutes les deux heures;
- les “analysants”, plient minutieusement leurs affaires et préparent par avance leur serviette et leur linge de corps propre pour leur retour du bassin. Ils possèdent une trousse de toilette qui contient tout le nécessaire du parfait “grooming” sans oublier les ciseaux pour se couper religieusement les ongles des pieds dans une extase post-natatoire…
Une fois le rituel de la douche effectue on peut enfin se rendre au bassin pour “nager”, bien que ce verbe a priori simple revête toutes les interprétations possibles, soit dans le désordre:
- choisir le tiers du bassin qui convient a ses aptitudes:
-celui de gauche, le plus prés de l’entrée (et donc de la sortie) est réservé aux vieux et aux lents qui n’hésitent pas a flotter en arrière en “battant des ailes” de façon très irrégulière”…nerveux s’abstenir!
- celui du centre pour les fonceurs, ceux qui tracent, tels des requins aux ailerons rétractables, sans sourciller et surtout sans se soucier de ceux qui traînent sur leur passage et ceux qui surgissent par bonds de la profondeur des eaux dans une nage “papillon” des plus sauvages;
- celui de gauche pour les “Yekes”, les amoureux de l’ordre et de la discipline. On nage dans le sens des aiguilles d’une montre, l’aller a droite contre le bord et le retour a gauche le long des bouées de séparation. Pas de carambolages, pas de contacts chacun gardant respectueusement ses distances pour ne pas gêner l’autre et empiéter sur son “territoire aquatique”…
Pour ma part, je nage avec les vieux qui m’ont adopte et me saluent quand je les croise. J’ai appris a les éviter avec grâce et doigté et je bénéfice du jet d’eau circulant contre lequel je masse mon ventre chaque fois que je le rencontre (lire “Et si ça venait du ventre?”), c.a.d a chaque passage…
Mais pour les puristes, il faut comprendre que cette heure réservée aux hommes se divise en deux:
- la première demi-heure est réservée aux “nerveux” (les gens a “l’heure pétante”) et aux personnes âgées (qui se fatiguent vite et ne restent guère plus de 20 minutes). Je profite de ce “zman” pour lire aux toilettes, mon péché mignon”. D’autres font leur yoga et nous régalent de leur souplesse (postures extrêmes) et de leur audace (“poirier” contre le mur du sauna).
- la seconde est réservée aux retardataires et aux “cools”, qui nagent a contre-courant et qui essayent de “gratter” quelques instants en se glissant dans la sauna quand retentit le gong qui marque la fin du temps des hommes.
Le sauna est un moment privilégie qui mélange relaxaSion, transpiraSion et discusSion a bâtons rompus. Un petit instant de répit dans un monde de brutes avant de remettre les gants et d’entrer sur le ring de la journée qui s’annonce…après avoir commente l’actualité brûlante a température idoine.
La pistoche, son univers impitoyable!
Quoiqu’il en soit cela reste un des meilleurs moyens de décompresSion pour trouver ou retrouver sérénité et concentr’a Sion…
Bonne nat’ a Sion!
Profites-en pour y trouver ton Inspir’ à Sion de la journée.
Par juif le 24 février 2008
à 8:11