Publié par : didier1 | 19 mars 2008

Ani, ani…ani!

Chaque jour, je suis le témoin (et parfois la victime) d’actes grossiers, stupides ou insensés de la part de “citoyens” israéliens qui se comportent avec un civisme quelque peu étrange.

L’intérêt personnel fait loi et le “Ani”, le “Je”, avec sa majuscule de majesté triomphe aux dépends du “Ata”, du “Tu”, c.a.d de l’autre…sans parler du “Anachnou”, le” Nous”, une personne qui semble avoir disparu des tables de conjugaison en langue vernaculaire!

Choqués, stupéfaits ou en colère: c’est l’accumulation de ces “tronches sans vie” (et non de ces “tranches de vie”) récurrentes qui nous agressent au quotidien et nous rongent au long cours.

Florilège de scènes de la vie quotidienne a Sion…ou en transit a New York!

Faisons un peu de “reverse engeenering” et commençons par ce matin a la piscine (lire “La pistoche”):

Je finis toujours ma séance de natation par quelques minutes dans le sauna (lire “Promenades”) et ce matin, je n’ai pas dérogé a la tradition. Ces quelques instants dans un cocon chaud et douillet sont pour moi comme un sas de décompression totale et complète avant d’affronter les jours pairs.

Mais ce matin, j’ai hérité d’un “empêcheur de décompresser en rond” en la personne d’un excité qui a confondu le sauna et la salle de gym. Il a commence a gesticuler dans tous les sens en ahanant puissamment et bruyamment, perturbant mon silence et effaçant la grâce de ce moment.

Un petit monsieur âgé et tout maigre est entré et s’est tenu recroquevillé sur un des bancs pour éviter de gêner notre gymnaste…C’en était trop et mon sang n’a fait qu’un tour!

En sortant, j’ai demande au gêneur s’il n’allait pas enfin arrêter de s’approprier l’espace du sauna pour se livrer a sa frénésie de gymnastique?

- “C’est dans ta tète que je gêne, je ne fais que m’étirer! “, m’a-t-il répondu. je suis sorti de la sonné et déconfit.

Etais-je fou ou alors mon monde s’effondrait-il?

Il y a deux jours, sur le parking de cette même piscine:

Je sors pour récupérer ma voiture sur le parking et je vois arriver un Volvo vert métallisé flambant neuve et derrière elle une vieille voiture de couleur indéterminée qui ne tenait plus que par la peinture…

La conductrice de la Volvo s’arrête, met son clignotant et commence sa manœuvre de créneau en épi. Le conducteur derrière elle ne bouge pas et il est a priori trop prés d’elle. Elle continue de reculer et je pense au même moment:”ça ne va pas le faire!”. Le type ne “bouge pas une oreille” pour autant. Elle l’accroche en phase finale en rayant copieusement son bas de caisse. Le type sort de son véhicule en hurlant et en l’accusant de tous les maux!

Un habitue du bassin lui lance:

-”Pourquoi n’as-tu pas reculé?”

Il répond sans sourciller et fort de son bon droit:

-”J’étais la, elle n’avait qu’a mieux estimer la distance”.

Mauvaise foi ou cynisme?, jalousie ou stupidité?

Voulez-vous des histoires de ski?

Je faisais la queue pour remonter avec mon épouse sur le télésiège. C’était notre tour et je m’avance a ma place pour anticiper l’arrivée du siège et me mettre en bonne position. Quand tout d’un coup, je me retrouve catapulté sur le siège “les quatre fers en l’air” avec un énergumène sur mes genoux et le siège qui commence son ascension.

-”Mazal tov, hitchatanou!”, en gros “Félicitations, nous sommes mariés!”

J’ai non seulement eu peur, mais j’étais consterné par tant de “chutzpa”, de toupet de la part de ce “shmock”, cet imbecile qui avait failli me tuer et que je devais désormais supporter dix bonnes minutes. Et c’est long, quand on partage la compagnie d’une personne antipathique qui fait de l’humour a votre détriment.

J’étais outré et lui ai fait remarque que le télésiège ne se prend pas quand on veut et comme on veut, sans se soucier de son partenaire et en enfreignant les règles de sécurité les plus élémentaires. Il m’a répondu que je faisais une affaire d’un rien et qu’il y avait des choses bien plus graves que celle-la!

Alors, étais-ce une exagération de ma part? ou alors une attitude pas cool?

Sur un autre télésiège avec mon fils, ce coup-la:

Il est très observateur et remarque un bâton dans la neige a l’aplomb du télésiège. Un skieur hors-piste arrive a notre hauteur.

Mon fils lui lance:

- “Peux-tu ramasser le bâton, s’il te plaît? Quelqu’un l’a fait tomber du télésiège et sera content de le retrouver en bas des pistes”.

Il répond:

-” Quel intérêt ai-je a ramasser ce bâton?”

Mon fils interloqué par cette réponse stupide lui répète:

- “L’intérêt, c’est que la personne qui l’a perdu va le retrouver grâce a toi”

Mais notre homme ne le ramasse toujours pas et réplique:

-”Mais quel intérêt personnel ai-je a ramasser ce bâton?”

Mon fils est resté coi et n’a su quoi répondre. Le télésiège s’est éloigné en rendant le dialogue désormais impossible.

Alors au choix: égoïsme ou sadisme? bêtise ou monstruosité?

A l’aérogare d’American Airlines a JFK, l’aéroport de New York un Vendredi matin:

Je devais passer le shabbat a Montréal chez le Rabbi de Tosh, dont j’avais tellement entendu parler a Jérusalem. Mais ce jour-la, la météo en avait décidé autrement:

- Il faisait -1o degrés a JFK tandis qu’a “Mirabelle”, l’aéroport de Montréal, il faisait – 30 et les avions ne décollaient pas!

J’avais le vol de 10h00 et je vis qu’il était annulé. Je décidais d’attendre celui de 11h00…

Pendant ce temps, les passagers en provenance du monde entier et qui transitaient a JFK pour se rendre a Montréal, s’agglutiner a notre porte en occupant bientôt tous les sièges. Tout le monde était silencieux,”prenant son mal en patience”: en lisant, en utilisant son ordinateur portable ou en essayant de passer le temps et faire “contre mauvaise fortune, bon cœur”…Quand tout d’un coup une femme s’est levée et s’est dirigée en hurlant vers le comptoir.

Elle parlait anglais avec un accent israélien a couper au couteau et houspillait les deux hôtesses:

- “J’ai paye mon billet, et ce n’est pas un charter a prix réduit. Je veux prendre l’avion, c’est un scandale!”

J’étais choqué et je ne savais pas ou me mettre. C’était un vol régulier et tout le monde avait payé son billet “plein pot”. De plus certains passagers sortaient a peine de vols de 7, 10 voire 15 heures et ne disaient rien. Ils attendaient en espérant que le ciel soit plus clément…

Sans se départir de son calme, une hôtesse d’accueil noire lui a dit sur un ton accorte:

- “It’s not our fault Ma’am, it’s an act of G.d” (ce n’est pas de notre faute, Madame, ça vient de D…)

Ça n’a pas calmé la femme, loin s’en faut, elle a continuée a vociférer jusqu’à ce qu’elle se fatigue toute seule dans un silence plein de d’incompréhension et de mépris de l’ensemble des passagers en attente ce jour-la.

Alors me direz-vous: choc des cultures ou manque de savoir vivre? stress ou stupidité?

Pour finir, un locataire et son propriétaire a Sion lors d’une fin de location (histoire véridique):

Le locataire prévoyant repeint l’appartement qu’il va quitter dans une semaine en conformité avec le contrat de location. Lors de la remise des clefs, le propriétaire lui demande de repeindre l’appartement “le jour ou le locataire quitte les lieux”…

Le locataire, fort de son bon droit réclame sa caution et son propriétaire ne veux pas la lui rendre en l’obligeant a repeindre a nouveau l’appartement “le jour ou le locataire quitte les lieux”…

Le locataire refuse et le propriétaire l’amène au Beth-Din, et ce dernier lui donne raison car “stricto-sensu”, il est écrit :”le jour…”

Le locataire s’exécute de mauvaise grâce et lui repeint l’appartement…mais avec deux couches de peinture noire laquée!!!

Le propriétaire atterré récupère son appartement et ne peut rien faire devant un locataire satisfait de lui “avoir rendu la monnaie de sa pièce”. En effet, la couleur n’était pas précisée dans le contrat…

Alors hérésie ou psycho rigidité? Complexe de persécution ou méchanceté gratuite?

Toutes ces situaSions ne sont qu’une seule et même verSion de la priorité du “Ani” qui efface et annule tous ceux qui l’entoure.

“Après moi, le déluge!” disait Louis XV;

“Je m’en lave les mains”, disait Ponce Pilate.

Comment en sommes-nous arrivés-la?

Nous, le peuple pour qui “Kol israel arevim ze la ze”, “tout juif est garant de son prochain juif”!

Est-ce contagieux?

Certes, je ne veux pas être le “frayer”de quiconque (lire “Al tiye frayer!”), mais de la a faire du mal a l’autre gratuitement, du mal que l’on aurait pu (et du) éviter!

Lui nuire afin d’annihiler en lui toute possibilité de me nuire?

N’est-ce pas le paroxysme de la “sauvagerie sociale”? “Liyot menuval birshut hatorah?”

En cette veille de Taanit Esther et au moment ou notre peuple court les plus graves dangers, ressaisissons-nous et faisons Teshuva. Donnons la Tzedaka et supplions HM de pardonner nos fautes et de déchirer les mauvais décrets qui seraient encore sur nous, pour nous laisser exulter de joie des le lendemain en mangeant et en buvant sans modération!

Tsom kal ve moyil. Pourim sameach a tous.


Réponses

  1. Il vaut mieux rajouter de la lumiere plutot que se plaindre de l’obscurité… Pourim Sameah !!!

  2. Cher AX,

    Tu as raison et surtout en ce jour de joie et de lumiere.

    Que Pourim nous apporte les miracles que nous attendons tous: la paix, la achdout et la chochma qui nous ouvrira toutes les portes!

    Lechaim,

    Didier

  3. HAhaha *soupit*
    Ca fait un moment que je me demande comment tout ca est arrive. QUI a ete le premier. En fait je me suis pose cette question il y a quelques annees, dans une banque. La fille de la caisse etait vraiment desagreable, mais on m’avait prevenu que c’etait souvent comme ca dans les banques et autres postes, etc.
    Triste seulement de le constater. Quelques secondes apres, mes oreilles m’ont attirees vers la caisse voisine, avec un client en train d’hurler je ne sais quoi sur une petite caissiere a l’air tout gentil…
    Ma question etait : QUI a commence, il y a qq annees ou dizains d’annees, LE client, ou LA caissiere.
    On devient egoiste. On se fou completement de nos freres du sud bombardes a longueur de journee depuis 7 ans, pas notre probleme. Des millions de pauvres ? Allez, on va faire une petite tsdaka, mais merci de sourrir quand je donne…
    Je pense que c’est a cause de deux choses. Du stress du aux guerres et epreuves que passe le pays depuis sa creation, la fameuse image de l’israelien dur a l’exterieur et tendre a l’interieur.
    Mais ce qui a gate les choses, c’est l’embourgoisement. Televisions, cartes de credit, vacances deux fois par an, c’est grace a MOI monsieur, c’est MON travail, MON stress…
    On oublie tout simplement D.ieu… et comme tu sais, Didier, l’abi de certain religieux ne font pas le ben Tora…

    AX, je trouve ca plutot sain d’en parler, qui sait, on arrivera peut etre a crever certains abces… (abses ?)

  4. Cher Eliahou,

    Ce “ani, ani, ani…” n’est qu’une version édulcorée de “Kochi veotsem yadi…”, ” C’est par ma force et la puissance de ma main…”.

    En effet, nous donnons toujours plus de place, d’écho et d’importance au “Ani”, au “Je”, au “Moi” enfin a l’individu au détriment de l’autre et du “Klal”.

    On peut tout expliquer et certainement au vu du stress ambiant, de la lutte pour la survie, des conditions économiques et climatiques, de l’age du capitaine et du nombre de ses enfants…

    Mais pour autant, je pense que la solution vient de l’intérieur (du “pnim” de chacun) et de l’individu.

    Il nous faut lutter contre notre tendance innée a l’égoïsme et aux instincts grégaires et pré-établis.

    En puisant dans la joie de Hadar qui n’est pas fini et dans la Emouna de Nissan qui s’annonce, prenons de bonnes décisions pour conjuguer enfin le verbes être et vivre a toutes le personnes.

    Shavua tov,

    Didier

  5. t’es fort quand meme, tu reponds presque toujours dans la 1/2 heure aux commentaires :-)
    Amen ! On a tous pas mal de boulot de ce cote…

    Ah oui, pour revenir a ton type dans le sauna, je met par ecrit ce que je pensais tout haut la derniere fois, si il me dit “c’est dans ta tete” je lui repond “non, maintenant c’est dans la tienne” en joignant le geste a la parole, une baffe a la Obelix :-) ca fera peut etre pas avancer la Shalom Al Israel, mais j’aurais eu l’impression de faire une mitsva, ha ha ha…

  6. Cher Eliyahou,

    Je m’imprègne actuellement des techniques de la CNV (la communication non violente) selon la méthode de Marshall B. Rosenberg.

    C’est complexe mais très efficace pour la résolution des conflits alors que “la baffe d’Obelix” comme tu l’appelle ne résout que très provisoirement notre frustration a ne pas savoir gérer un conflit en temps réel.

    @ suivre bientôt dans un post en prepar a Sion<

    Didier

  7. Oui, cher Eliahou, vouloir “crever l’abces” a coup de baffes, c’est un remede pire que le mal… La societe israelienne est parfois trop violente, il faut lui apporter en tentant de la temperer plutot qu’y survivre en l’imitant…

  8. Cher AX,

    Je suis d’accord avec tous les deux, car je pense a la fois:

    - comme AX, qu’il faut prendre ce qu’il y a de bon dans la société israélienne et laisser ce que nous considérons comme “moins bon”;

    - comme Eliyahou, pour défendre nos positions quand nous sommes intimement persuades qu’elles sont justes. Comme je l’ai déjà dit dans un post: “A Sion, la fermeté n’est pas considérée un défaut!”

    Al kol panim, je reste persuadé que la non-violence autant physique que verbale reste la panacée pour résoudre les conflits, quels qu’ils soient.

    Ilou ve ilou divre emet.

    @ffaire @ suivre…

    Didier


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