En quelques semaines, des émeutes ont éclaté sur tous les continents.
D’Haïti au Kenya, du Cambodge au Mexique, d’Égypte au Mozambique, les “damnes de la terre” ne veulent pas mourir de faim et le crient haut et fort!
Pour des centaines de millions d’êtres humains, le pain redevient un luxe!
En effet, le pain manque et la famine (rahav en hébreu) menace et pas seulement dans quelques zones oubliées. En Afrique, en Asie et en Amérique Latine des millions de gens descendent dans les rues pour protester contre les hausses démentes des produits alimentaires qui les condamnent a une mort lente…
La crise alimentaire mondiale, qui surprend les experts les plus alarmistes pourrait durer 10 ans, et remettre sérieusement en cause le “décollage” des pays emergents.
La Banque Mondiale a appelle les grandes puissances a créer un fonds d’urgence de 500 milliards de dollars, augmenter de 35% leur aide aux pays pauvres et a réexaminer leurs politiques agricoles.
Les causes sont nombreuses: Surpopulation, corruption, déséquilibre Nord-Sud, bio-carburants, triomphe du steak, les menaces s’accumulent…et ont mal été anticipées.
Autopsie d’une crise…
Certes la surpopulation planétaire est en partie responsable comme la hausse du niveau de vie des nouveaux riches des pays en développement qui veulent se nourrir aujourd’hui comme les Occidentaux. les nouvelles élites africaines et asiatiques se mettent a consommer du bœuf nourri aux céréales dont le prix monte jusqu’à devenir inaccessible aux plus pauvres.
Pourtant, bien que la production mondiale de céréales n’a jamais été aussi élevée, elle ne suffit pas a satisfaire la demande!
Pourquoi?
Revenons en arrière et rappelons-nous:
- Des années 60/70, a la belle époque de la “revolution verte”, de la mécanisation de l’agriculture, de l’utilisation massive des engrais et des pesticides. Le taux de productivité était alors supérieur a la croissance démographique, ce qui explique que les cours des matières premières agricoles soient restes au plus bas pendant si longtemps…
- En 74, lors de la première conférence mondiale de l’alimentation, les experts de la FAO (Food and Agriculture Organisation, une sorte d’ONU pour l’alimentation et l’agriculture), les experts annoncent que “dans dix ans, plus un seul enfant n’aura faim”.
- En 77 quand, quatre ans avant sa mort, l’agronome René Dumont publie un dernier livre: “Famine: le retour”, il passe pour un oiseau de mauvais augure…
- En 80, la production alimentaire est dépassée par la croissance de la population…
- L a “nouvelle économie” des années 90 grisée par Internet et qui rêvait de virtualité universelle s’est éloignée des réalités du sol et du sous-sol.
Retour de bâton violent de nos jours car après le pétrole, le gaz, le cuivre et le nickel, l’or et l’argent c’est au tour des “commodities”, aux matières premières alimentaires de s’envoler.
Les prix deviennent un fardeau de plus en plus lourd. Voici l’évolution des cours entre Mars 2007 et Mars 2008:
- le ble avec 130% d’augmentation;
- le soja avec 87%…
- le riz avec 74% …
- le mais avec 31%.
Et la, c’est beaucoup plus grave. On peut se passer de voiture et d’électricité, mais pas de manger!
Dans les pays riches, on s’en aperçoit a peine. bien sur la “valse des étiquettes” a la pompe et aux caisses des supermarchés fait grincer les dents et provoque moult débats sur le pouvoir d’achat en plongeant les plus défavorisés dans des situations critiques. Mais a de rares exceptions prés, on ne risque pas de mourir de faim en Occident.
Les Européens dépensent environ de 12 a 16% de leur budget pour leur alimentation, les Américains 9% et 70 5 et plus pour les pays en voie de développement! Le moindre dérapage des produits de base peut être fatal aux plus démunis.
“Le peuple a faim!”
On l’avait oublie depuis une dizaine d’années, les pays emergents connaissent une croissance soutenue. Selon les organisations internationales, le nombre de gens vivant sous le seuil de pauvreté (moins d’un Euro par jour) qui représentait un tiers de la population mondiale au début de la décennie précédente devait être ramené au dixième d’ici a 2015….Aujourd’hui, les mêmes institutions estiment que pour chaque pourcentage (1%) d’augmentation des denrées alimentaires, c’est 16 millions de personnes supplémentaires qui plongent dans “l’insécurité alimentaire”!
D’après l’ONU:
- “1,2 milliard d’êtres humains pourraient avoir chroniquement faim d’ici a 2025, soit 1 homme sur 6″
Quelles sont les 4 grandes causes des émeutes?
1/ les besoins de consommation ont changé:
- L’enrichissement des pays en voie de développement, notamment les pays asiatiques et la croissance démographique augmentent les besoins alimentaires mondiaux;
- 7 kilos de grains sont nécessaires pour produire un kilo de bœuf !
2/ Le réchauffement climatique:
- Il entraîne un dérèglement des phénomènes climatiques: tornades, sécheresses ou inondations se succèdent mettant en péril l’habitat mais aussi les cultures…et fait baisser le niveau des recoltes dans les zones touchées.
3/ La flambée du pétrole:
- Crise financière oblige, les investisseurs se ruent sur les matières premières;
- La spéculation sur les produits alimentaires et de l’energie renforce la flambee des cours;
- Le baril de pétrole bat sans cessa des records et le prix des transports augmente en conséquence.
4/ la demande en “biocarburants”:
- L’éthanol, alcool a base de mais, a été considéré comme la “solution miracle” face a une pénurie du petrole;
- De nombreux agriculteurs américains ont délaissé les cultures destinées au secteur alimentaire pour cette filière plus rémunératrice.
Les chiffres clés de la crise alimentaire:
- 50 kilos
C’est la quantité de viande consommée par un Chinois contre 20 kilos en 85
- 76%
du mais américain est utilise pour l’alimentation animale
- 16 fois
La consommation alimentaire totale des 20% des pays les plus riches est 16 fois superieure a celles des 20% des pays les plus pauvres!
- 9,2 milliards
d’êtres humains peupleront le monde en 2050 selon les projections contre 6,6 milliards aujourd’hui…
Quelques exemples d’émeutes:
- A Rangoon, au Myanmar, l’ancienne Birmanie, les soupes populaires se multiplient pour répondre a l’explosion des prix des produits alimentaires qui jettent dans le rue de plus en plus de familles. Comble de malchance, une tornade a dévasté le pays il y a quatre jours causant des centaines de morts et des dizaines de milliers de sans abris…
- Au Caire, des queues d’une demi-journée se forment devant les boulangeries subventionnées par l’État, ou les galettes de mauvaise qualité coupées de sciure et rationnées a 10 par personne, coûtent 10 fois moins cher que celles des magasins privés…Or le pain est essentiel a la rue égyptienne qui détient le record mondial de consommation par habitant, soit 400 grammes par personne et par jour! on craint a tout moment une “intifada du pain”;
- En Haïti, la semaine dernière le sac de 120 livres de riz est passe de 35 a 70 dollars, rendant fous furieux les habitants…depuis manifestations et pillages n’ont pas cesse, avec pour résultat des émeutes devant le palais présidentiel: 5 morts et des dizaines de blessés;
- Après le Cameroun en février (une 40aine de morts), le Sénégal et le Burkina, c’est au tour de la Cote d’ivoire de se révolter depuis le 1er avril. Les femmes, qui n’ont plus rien a perdre, manifestent dans les rues de la capitale Abidjan des le matin et défient le pouvoir qui méprise le peuple…deux morts tues par les forces de l’ordre! la Mauritanie et le Mozambique ont également été frappes par des émeutes;
- Au Mexique, depuis 2007, la “crise de la tortilla” entre les producteurs américains (8,4 tonnes a l’hectare) obligent les producteurs mexicains (2,5 tonnes a l’hectare) a “jeter l’éponge” et se voir envahir de galettes aux couleurs de “l’Oncle Sam”, obligeant le Mexique, par les accords tri-partis de l’Alena (libre échange entre les USA, le Canada et le Mexique), a tripler ses importations de céréales depuis 94!
- En Israël, on limite la vente de riz a 2 kilos par personne dans les magasins
La semaine dernière, les Israéliens se sont précipités en masse dans les magasins pour acheter du riz, dont le prix a augmenté entre 33 et 65% dans la plus grande chaîne de supermarchés israéliens, ‘Super-Sol’. Le prix de la farine est également monté de 25% et celui des pâtes de 12%. Une hausse de 10 à 15% du prix du pain est par ailleurs attendue dans les 3 mois à venir.
Il est vrai qu’Israël importe 80 à 90% de ses stocks de riz, de farine, de céréales, ainsi qu’un fort pourcentage de viande. Mais les Israéliens ne dépensent que 17% de leur budget pour ces produits et leur revenu est suffisant pour répondre à l’augmentation des prix.
En attendant, les répercussions des augmentations des prix des denrées alimentaires, estimées a 30 ou 40% cette année, se répercuteront immédiatement sur les couches les plus défavorisées de la population déjà laminées par la réduction de moitie des allocations familiales ces dernières années.
Quelles conclusions devons nous en tirer?
Souvenons-nous de la vache folle ou les vaches mangeaient des farines…de carcasses de moutons broyés!
Maintenant, il s’agit de cultiver des céréales pour …nourrir les animaux de boucherie et… faire rouler nos voitures!
Saurons-nous partager nos richesses avec les plus démunis avant qu’ils n’envahissent nos rues et pillent nos demeures?
Un touriste corpulent deviendra-t-il bientôt une victime potentielle lors d’un voyage dans un pays en “instabilité alimentaire”?
Quand prendrons-nous conscience de nos comportements irresponsables de pollueurs, de pilleurs et de sur consommateurs d’une planète en danger?
Ou plus simplement, n’est-ce pas le début de la fin? Ou de la faim?
On pressentait une guerre de religion entre l’Occident et l’Islam. Va-t-on assister a celle du pain au préalable, qui elle n’a pas de drapeau?
La somme de nos comportements individuels constitue notre attitude collective. C’est peut-être le moment propice pour une introspecSion avant que tout n’explose…et d’être enfin en mesure de recevoir le Mashiah comme il se doit!
Publié dans Reflexion