Hier encore, nous fêtions le 60 ème anniversaire de l’État d’Israël dans un climat délétère et désabusé.
Que se passe-t-il?
Manque de motivation nationaliste et/ou perte de confiance vis a vis d’une “medina moushretet”, un état véreux ou l’idéal “a le bourdon” et les clivages se renforcent de jour en jour…
Etiquetage et critique du prochain, le repli sur soi semble la valeur étalon d’un rêve autrefois collectif.
Etre “mesudar”, bien réglé et a l’abri du besoin, semble être le leitmotiv de l’israélien moyen.
Les “3 P” (patience, prière, privilèges) sont plus que jamais d’actualité et restent les ressources préférées des citoyens qui a la fois dénoncent et abusent de ces drogues dures de l’inconscient collectif israélien.
Réveil douloureux et gueule de bois garantie…
En effet, tout a été dit sur cet anniversaire en demi-teinte sur fonds de scandale politique.
Notre cher “premier sinistre” (dixit Couche) se dépasse en cette occasion et épingle une “quatrième casserole” a son actif…une affaire de blanchiment d’argent reçu “en espèces sonnantes et trébuchantes” dans des enveloppes au porteur de 1995 a 2005!
Il plaide le contraire (c’est un avocat très retors, ne l’oublions pas) et déclare qu’il n’a pas reçu un “groush” personnellement, si ce n’est pour son parti…pour ses “bonnes œuvres”, soit ses campagnes électorales pour la Mairie de Jérusalem a deux reprises puis les dernières présidentielles.
Après deux accusations pour “trop bonnes affaires immobilières” et une pour “facilitation a l’accès de postes stratégiques” de personnes de son premier cercle, cette nouvelle affaire vient “donner le LA” en matière de “pots de vin” , un bien bel exemple de citoyenneté irréprochable au sommet de l’État!
Alors que son père putatif, Ariel Sharon, va sur la fin de sa deuxième année en unité de soins intensifs, branché sur un “poumon d’acier” et beneficie de toutes les dernières découvertes pour conserver et prolonger la vie végétative, son “ben sorer oumore” de fils se vautre dans la luxure de l’abus de pouvoir avec impudence!
Aujourd’hui, le moment du “cheshbon nefesh” est arrivé:
1/ Les héritiers des pionniers de la première heure sont fatigués. Ils sont pour la plupart d’entre eux bien installés et repus. Ils sont désabusés aussi et le sionisme n’est plus depuis longtemps leur “shulchan aruch”, loin s’en faut!
Leurs homologues des kibbutzim tirent la langue (quand ils n’ont pas été ruinés lors du krach boursier ou ils avaient investi leurs deniers collectifs) et sont prisonniers d’un système révolu ou le collectivisme du temps jadis a laissé la place a la rémunération au mérite! Ils ne forment plus depuis longtemps la force vive des unités combattantes de Tsahal comme a l’époque de leurs grands-parents et parents.
La gauche bat de l’aile et ses enfants rêvent de ne pas faire leur service militaire et d’aller étudier a l’étranger, comme les enfants d’Olmert au passage! Les fêtes juives sont l’occasion pour fuir le pays… et éviter les “contraintes” engendrées par la pratique religieuse comme la consommation des Matzot a Pessah (bien que cette année, le “chametz” était en vente libre pendant cette période). A ces occasions, un quart de million de touristes appartenant au décile supérieur se ruent sur le “Netbag”, le surnom de l’aéroport Ben Gurion pour goûter aux délices de “Chul”, ou “choutz laaretz” (l’étranger).
2/ Les “Dati Leumi”, les sionistes religieux, eux aussi sont las et déçus après l’épisode tragique et douloureux de l’expulsion de 8000 d’entre-eux du ”Gush Katif” pendant l’été 2006. Ils sont désormais en état de défiance avec “la Medina” pour laquelle ils ont “donné leur neshama”, qui ne parle que de rendre encore plus de “yishuvim”, de colonies de peuplement autour de Jérusalem et en sis-Jordanie!
Ils se sont eux-mêmes ostracisés et de ce fait n’ont pas bénéficié d’un soutien populaire comme lors des menaces d’expulsion du Golan. Leurs politiciens ne sont pas charismatiques et n’ont jamais emporté l’adhésion a la Knesset, le parlement israélien.
On peut même observer, comble de stupeur, des “messareve pkudot”, des soldats qui refusent d’exécuter des ordres provenant de leur commandement et même certains qui ne veulent même pas faire l’armée!
Ils travaillent dur, souvent les deux membres du couple, sont taxés au maximum (il n’existe pas de quotient familial a Sion!) et autrefois symboles de l’émergence d’une classe moyenne, ils suent sang et eau pour joindre les deux bouts.
3/ Les Charedim, les “ultra orthodoxes” selon l’appellation contrôlée, sont en implosion. Pendant que le vernis de façade se craquelle sous les coups de boutoir du “olam hachitzni”, le monde extérieur, l’internet et les codes vestimentaires de la mode “pushtakit” (les voyous orthodoxes) font leur chemin a une vitesse fulgurante.
La perte des “Gdolim”, les figures de proue de l’après-guerre qui ont fait renaître de ses cendres un “olam hatorah” exsangue après les ravages de la Shoah a laissé les communautés orphelines et livrées a elles-mêmes et dont les membres n’ont plus autant d’abnégation et de respect pour ces successeurs beaucoup moins rassembleurs que leurs maîtres…
L’absence d’études supérieures pour l’immense majorité des garçons et l’évitement du service militaire met ces générations de jeunes adultes dans un statut social précaire, les condamnant a une économie souterraine aussi peu saine que stable et rémunératrice.
Au finish, toutes les tendances et les courants de la société israélienne sont en questionnement…et personne ne détient la recette miracle pour renverser la vapeur!
Le “Ani”, le “Je”ou le “Moi” ont remplace le “Nous” et les rêves de “villot”, les maisons individuelles, avec 4×4 rutilants et chromés en façade et odeurs “d’al haesh”, de barbecue dans le jardin ont remplacé les “maabarot” (les bicoques en bois) et les “rikude am”, les danses folkloriques des pionniers.
Avons-nous jeté l’éponge pour de bon ou attendons-nous de ressembler aux souhaits de Ben Gurion et de devenir un pays “comme les autres”?
Sincèrement, je ne le pense pas.
Et malgré tous les poncifs écules que je viens d’utiliser pour décrire la triste réalité israélienne de cet “arrêt sur image”, je reste persuadé qu’a Sion il existe encore un élan vital qu’il nous faut vite libérer pour améliorer en profondeur l’individu et la société israélienne dans son ensemble.
Nous ne manquons pas de “cerveaux”, de “talents” et de “surdoués”.
Nous manquons peut-être d’un peu de cœur!
D’un peu d’attention pour notre voisin dans le besoin, dans la peine ou dans l’anxiété parce qu’un ou plusieurs de ses enfants se trouve sur le front a Gaza ou a la frontière libanaise…et qu’il a besoin qui d’argent, qui de consolation ou d’écoute.
De redresser l’estime de soi des chômeurs, des handicapés et des exclus de toute sorte.
De tendre la main ou l’oreille (ou les deux!) a son “zulat”, son prochain juif sans qu’il ai besoin de nous le quémander.
Etre pro-actifs dans le “chessed”, faire des bonnes actions sans attente de retour et quelle que soit l’étiquette politique ou la forme et la couleur de la “kippa”‘ de ceux qui nous font face.
Sourire a l’autre pour s’ouvrir a lui, l’écouter sans préjugés et sans le juger non plus.
Cesser les “y’a qu’a” et les “faut qu’on” et aussi de donner des leçons sur un ton péremptoire…ce qui ne fait en rien “avancer le shmilblick!”
Alors, relevons nos manches et ne mesurons pas nos efforts. Unissons-nous sans calcul et mettons en commun nos bonnes volontés afin de retrouver l’énergie et la déterminaSion de nos ancêtres qui donnèrent leurs vies pour baiser le sol de Sion.
60 ans a l’échelle de l’histoire du peuple juif, c’est l’age de l’enfance après 2000 ans d’exil. Et la retraite n’a pas encore sonné!
Les “baaley teshuva”, ceux qui reviennent a la pratique de la religion de nos ancêtres sont le fer de lance de ce nouvel élan porteur d’espoir et de fierté pour tout le peuple juif.
Tout est dit… maintenant au boulot !
Par Jonat le 11 mai 2008
à 9:42
Cher Jonat,
Tu as raison, il faut s’y mettre car il y a du pain sur la planche…ou plus beaucoup selon les post!
Saches que pour ma part, le travail a commencé depuis bien longtemps:
- le “travail” ou plutôt le développement personnel;
- le “travail” vis a vis des autres ou plutôt les relations interpersonnelles;
- l’action ou les actions qui ont été mises en place et qu’il nous faut renforcer et celles que l’on doit mettre sur pied sans plus tarder.
@ffaires @ suivre de très prés,
Didier
Par didier1 le 12 mai 2008
à 12:05
Le Rav Arieh Levin zatza’l disait que le retour a Sion se ferait en trois etapes – j’ai honte de ne plus me souvenir exactement des details mais disons que la realite correspond a ses idees. Nous en sommes a la troisieme: nous avons construit des villes et maintenant nous devons nous construire nous-meme. On ne peut pas tout faire en meme temps… Patience et amour!
Par c.rahamim le 18 mai 2008
à 5:06
Cher Rahamin,
Merci pout ton gentil feedback.
Ton propos est contenu dans ton nom misericordieux!
Nous construire, c’est en effet notre objectif premier. Restaurer notre estime de soi, communiquer (non violemment, bien sur) avec les autres et passer a l’action!
Ce sont mes trois étapes.
Ein davar omed bifne ratson! Rien ne resiste a la volonte!
Au travail…
Shavua tov,
Didier
Par didier1 le 20 mai 2008
à 1:17
Salut Didier.
Magnifique ce réquisitoire contre ce pays que tu aimes tant !
En Eretz Israel ,il est dangereux de faire une panoramique des nuances politiques et religieuses ,elles ne sont perceptibles que par les gens qui y vivent .
Un ami israelien présent chez moi me répète que le danger est immensément plus grand en “Galout “.
ps: si tu recontres ma fille ce soir dans une bar-mitsva d’israelo-cristolliens à Jéru, ne lui parles pas de ton blog, tu vas l’effrayer
Par joel le 25 mai 2008
à 3:23
Cher Joël,
C’est parce que je l’aime tant que j’en parle ainsi…
S’il m’était indifférent ou faussement important comme nombre de sionistes, qui en parlent nuit et jour en termes laudatifs…en évitant soigneusement d’y habiter, je ne tarirais pas d’éloges.
Pourtant, malgré la situation de crise dans laquelle nous baignons je reste persuadé qu’il existe toujours un espoir de redresser la barre et cela passe par un investissement personnel et collectif de chaque jour.
Cela commence par être assertif (lis le blog éponyme) et arrêter de donner naissance puis de nourrir des “vaches sacrées” qu’il serait impossible de toucher et sacrilège d’abattre si le besoin s’en faisait sentir (je ne parle que de “shechita kehalacha” bien sur!).
Alors, je m’autorise en tant que citoyen israélien de parler des qualités et aussi des défauts de ce merveilleux pays qui est le mien et que HM m’a donné en héritage, afin de faire un “cheshbon nefech” et de réfléchir a la manière de corriger ces erreurs et surtout de ne pas les cacher, les justifier et les reproduire.
Bonne lecture et shavua tov,
Didier
Par didier1 le 26 mai 2008
à 12:00