Publié par : didier1 | 30 juin 2008

Froum ‘Ac!

Je suis allé avec deux collègues l’autre soir au Fitness Club de l’hôtel Hyatt Regency de Jérusalem.

C’était pour se faire une séance de “team building”, soit une activité extraprofessionnelle pour resserrer les liens avec des partenaires dans un cadre atypique par opposition a la sempiternelle salle de réunions.

 

Je ne connaissais pas l’endroit sauf que je savais qu’il était situe a Jérusalem Est et s’était rendu tristement célèbre pour avoir été le théâtre involontaire de l’assassinat de Rechavam Zehevi, dit “Gandhi“, un parlementaire très engage, il y a quelques années de cela.

 

Cote équipement, il n’y avait rien à dire. C’est du coté de la clientèle que l’effet de surprise fut maximum!

Histoire d’eaux (piscine, jacuzzi, sauna) et de sueur (fitness club) en version “total look black”…

Le Hyatt est situe en face du campus universitaire du Mont Scopus et possède un patio spectaculaire comme nombre de ses congénères “worldwide”, avec la vue sur tous les étages dont les couloirs longent le vide…sujets au vertige s’abstenir!

 

Apres avoir payé notre écot et reçu les clefs de nos vestiaires respectifs ainsi que deux serviettes par personne, nous nous sommes rendus au “fitness club”, car c’est ainsi que l’on appelle les installations sportives d’un hôtel.

Et la, surprise…surprise!

La majorité des clients étaient des “frums”, c.a.d des juifs ultra orthodoxes. Je n’aime pas trop ce vocable, mais pour plus de précisions, laissons la parole à Wikipedia; l’Encyclopédie libre:

- “Les haredim, ou ultra orthodoxes, ou Craignant D…, sont des juifs orthodoxes ayant une pratique religieuse particulièrement forte. En l’absence de toute autorité centralisée dans le Judaïsme, ils ont développé un certain nombre de courants, comme le hassidisme, chacun de ces courants interprétant les principes qui leurs sont communs avec quelques variantes.

 

Depuis la fin du XIXe siècle, ils rejettent partiellement la ” modernité ” occidentale, que ce soit dans le domaine des mœurs ou des idéologies. Du fait de leur méfiance vis-à-vis des innovations sociales, les haredim vivent généralement en marge des sociétés laïques environnantes, même juives, dans leurs quartiers et sous la direction de leurs rabbins, seule source de pouvoir pleinement légitime à leurs yeux. C’est aussi le plus important groupe juif actuel affichant ses réticences face au sionisme, et même parfois son hostilité.

 

Ils sont aujourd’hui fortement implantés en Israël, où ils ont leurs quartiers (et même leurs villes), leurs partis politiques, leurs magasins et leurs écoles. Ils sont également présents dans beaucoup de communautés juives de la diaspora, en particulier en Amérique du Nord et en Europe occidentale.

Cette parenthèse refermée, nous avions l’impression de rentrer dans la 4éme dimension, la “twillight zone” des films d’anticipation…tant le public était hétérogene et leur vision incongrue dans un tel contexte!

A travers la vitre, un bataillon de sportifs du “troisième type” facilement reconnaissables à leurs “marcels” (T-shirts sans manches) immaculés et à leurs chaussettes noires.

Pas de justaucorps moulant, ni de shorts en “Dry-fit” et encore moins de « Nike Air Max » à coussins d’air. Ici, on ne connaissait que deux couleurs: le noir et le blanc.

La brioche était de rigueur et en ce Dimanche soir ou nos sportifs finissaient de digérer leur “tchulent” bien gras de la veille. Un bon ragoût qui a mijoté toute la nuit sur la plaque chauffante, respect du shabbat oblige. Ils suaient a loisir sur les tapis roulants et devaient expulser sans modération leurs réserves inépuisables de “gaz naturel” crées par les haricots blancs en sauce du shabbat

 

Et puis, seul sur sa bicyclette, un hassid avec la “galette et les deux ressorts” (soit la kippa et les deux “payess”, les cheveux longs qui poussent sur le lobe temporal), qui regardait un match de basket-ball de la NBA avec vénération tout en pédalant a 2 a l’heure et en s’arrêtant pour les “time out” (les arrêts de jeu) en même temps que les joueurs, peut être pour recevoir des instruction de son coach télévisuel et pour décider d’une stratégie concernant sa “petite reine” (son vélo)…et de sa programmation pour le « workout »!

 

Coté bassin, ce n’était guère plus présentable. Les hassidim n’avaient pas du bénéficier de cours de natation dans leur tendre enfance, aussi ils nageaient soit comme des fers a repasser, soit comme des chiens fous pour les plus méritoires… exception faite de l’un d’entre eux, drapé dans un peignoir d’une blancheur intense et qui parlait en yiddish a voix feutrée dans un “péléphone” dernier cri : « business is business » !

 

Point de crawl aux reptations déliées ni de brasse coulée. Le stress en eux était tellement omniprésent qu’il déréglait leurs gestes déjà par trop malhabiles. Quand nous sommes rentrés dans le bassin presque vide, c’est avec étonnement, admiration et une petite pointe d’envie qu’ils nous ont vu nous élancer sans lutter avec fougue contre l’élément liquide mais plutôt faire corps avec lui afin d’en optimiser l’hydrodynamique…

 

Puis ce fut le tour du jacuzzi ou plutôt du spa: un petit bassin qui contenait plusieurs personnes…à condition qu’elles restent assises! Mais ici, foin de discipline, un « adepte de la trempette » à la très longue barbe en avait décidé autrement et restait allongé en diagonale contre bulles et remous, nous obligeant a prendre place dans les espace laissés libres par sa majesté en flottaison…

 

Ensuite le sauna ou plutôt le hammam, car le sauna émet une chaleur sèche par opposition au hammam qui est tout en humidité. Ce dernier était particulièrement réussi:

 

  • réalisé intégralement en marbre gris de la meilleure veine avec des bancs sur la toute la périphérie et une stèle pouvant accueillir deux pèlerins en son centre ;
  • de part et d’autre de la grande pièce se tenaient deux fontaines d’eau glacée que l’on recueillait dans des écuelles de métal argente et que l’on se versait généreusement sur tout ou partie du corps quand la chaleur devenait insupportable ;
  • ici aussi, nos amis barbus devisaient en Yiddish en s’éclaboussant régulièrement l’un l’autre en signe de connivence humide.

 

Mais une autre clientèle, arabe celle-la, fréquentait ce fitness-club!

 

La situation de l’hôtel a Jérusalem Est draine aussi des arabes israéliens qui profitent des services du club et échangent volontiers avec des abonnés juifs sépharades qui parlent l’arabe. Par contre, ils ne frayent pas avec les ultras, ashkénazes en grande majorité et qui ne semblent pas les calculer…ou les confondent peut-être avec le personnel de l’hôtel, arabe lui aussi.

 

Nous n’aurions pas fait le tour du sujet sans mentionner une activité exotique en diable dans la salle de gym: le football en salle mais avec un ballon de danse acrobatique…tout un programme!

 

Nous sommes entrés dans la salle ou se déroulait une partie effrénée de foot a 2 contre 2. Le ballon ultra léger volait dans les airs pendant que les murs ainsi que le plafond jouaient les bons offices pour renvoyer systématiquement le ballon sur le terrain…le tout dans une excitation indescriptible.

 

En comprenant que nous étions français, ils nous ont proposé de prendre les gagnants. Mes deux collègues, footballeurs et fans de surcroît ne pouvaient manquer une telle aubaine. Quand a moi, je comptais les points en essayant de suivre la trajectoire hétérodoxe de la balle…

 

Quand surgit un employé du staff du club qui avait du être ameuté par les bruits suspects provenant de la salle et qui décida d’interrompre la partie immédiatement en prétextant, avec un certain discernement, que la salle n’était pas faite pour cet usage…C’était sans compter sur la roublardise de nos gaillards qui entamèrent une âpre négociation pour:

 

- “ne pas blesser leurs hôtes français de tant de manque d’hospitalité”;

 

- mendier encore et pour en finir de jouer encore le temps de “four more goals”, quatre “tout petits buts” pour qu’ils restent sur une bonne impression.

 

Et a la surprise générale, le gars a obtempéré et le match est reparti de plus belle…ça jouait physique, à la limite de l’affrontement, mais dans une ambiance teintée de franche et saine camaraderie.

 

Les Français se sont inclinés mais avec les honneurs. Tout le monde était vanné et il était temps de rentrer au bercail.

 

Une petite soirée hors du temps avec une co-existence pacifique entre juifs haredim (sépharades et ashkénazes) sans oublier les cousins arabes israéliens.

 

Il ne manquait guère que le Messie rédempteur et l’heure de la délivrance aurait pu sonner là, à Jérusalem, non loin du Mont du Temple sans tambours ni trompettes, et en toute relax’ a Sion!

 


Réponses

  1. Excellent billet !!!… J’ai toujours cru que la paix dans la monde -ou la guerre- arriverait de Jerusalem… Le Hyatt est bien au pied du Mont des Eclaireurs, ceux qui guettent la Gueoula… Il est aussi a quelques encablures de la Vieille Ville et du Mont du Temple… Peut-etre que l’hotel accueillera un jour les cohanim de repos apres leur mishmeret, effectuee dans le 3e Temple ?…

  2. Cher AX,

    On the road again!

    Bonne idee de transformer le fitness club du Hyatt en country club pour la tribu de Lewi…

    D’ici-la, profitez-en car c’est une aubaine…un spectacle unique en son genre pour 80 shekels.

    A consommer sans moderation!

    Shavua tov,

    Didier

  3. je peux venir la prochaine fois ? :)

  4. Cher Pizza Hut,

    Comment vas-ut?

    Tu devrais t’autoriser une petite seance au Hyatt ce soir avant le grand jour…Chiche?

    Ton pote le gitan


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