Se réapproprier son histoire personnelle et familiale, mieux s’inscrire dans une lignée et une légende, et mettre de l’ordre dans le « chantier » laissé par nos anciens : tel est l’objet de la psychogénéalogie clinique.
La psychogénéalogie est un art et une science. C’est une démarche qui nous permet de comprendre et d’utiliser au mieux notre héritage psychologique, ou, si besoin est, de le transformer.
Elle s’appuie sur la psychanalyse étendue aux liens transgénérationnels et sur la technique socio psychologique du génosociogramme, arbre généalogique augmenté des liens et des faits de vie importants.
Faire de la psychogénéalogie clinique, c’est, pour le client, poser les valises de son passé et accepter de lâcher prise pour surmonter les dégâts des traumatismes qu’il a incorporés, les contrecoups, les conséquences, et les éventuels effets néfastes d’un passé familial, de ses plaies, erreurs, hontes, culpabilités, regrets, déracinements, pertes, deuils, secrets et non-dits, etc.
La psychogénéalogie peut aussi servir de fil directeur pour comprendre sa vie, ses choix professionnels et personnels, éclairer son chemin sans qu’il soit forcement question de traumatisme.
Il se trouve que, souvent, les gens qui viennent consulter sont en proie à des souffrances corporelles et/ou psychiques.
Mais le travail en psychogénéalogie s’intéresse également aux nombreux événements heureux qui jalonnent une lignée, aux moments et au climat de bonheur des petites choses simples de la vie…
Nous sommes tous nés avec un cordon ombilical nous reliant à notre mère génitrice et il est coupé a la naissance. Ce cordon ombilical est a la fois physique, psychosomatique et psychologique, mais beaucoup d’êtres humains n’accèdent a l’état adulte, lorsqu’ils arrivent a couper le lien fusionnel avec leur mère ou leur famille et vivre leurs choix personnels, c.a.d devenir des êtres autonomes, choisissant et dirigeant leur vie et non pas la subissant ou répétant la vie, les malheurs, les souffrances, les manques et les fautes de leurs ancêtres dans un monde devenu différent.
Cela commence par le choix du prénom et de son nom. En effet, il est important pour le sujet qui cherche son histoire et ceux qui vont s’en occuper de bien se « situer », car de nombreux problèmes peuvent en découler (enfants abandonnes, de la DDAS…).
L’individu va s’enraciner avec le début de la station debout et l’apprentissage de la marche. Il se repliera ou s’affirmera à l’adolescence. Enfin, il prendra son envol avec son autonomie financière : ce stade est fort différent selon les individus et parfois jamais atteint avant la mort des parents ou du conjoint. Ce passage à la vraie autonomie économique est essentiel pour devenir un adulte vrai, et il a été souvent méconnu.
Les psychologues se sont intéressés aux concepts de « comptabilité familiale des droits et des devoirs » et de « grand livre des comptes », qui éclairent tant de problèmes de luttes de succession et d’héritage ou de « paiement de dettes familiales » en poids de mauvaise santé ou d’autres drames.
Nous avons souvent affaire à deux transmissions parfois contradictoires ou divergentes d’une « tache inachevée »:
- la transmission intergénérationnelle, entre générations se connaissant. C’est ce qui est clair dans la transmission, ce qui est connu, consciemment transmis, souvent verbalement ;
- la transmission transgénérationnelle, sur plusieurs générations, parfois lointaines. C’est ce qui est caché, non dit, non su, l’informulé, voire non pensé et d’autant plus actif car silencieux.
Ce qui traverse les générations sans être digéré, « la patate chaude qu’on se repasse », reste sur l’estomac, actif et douloureux comme une colique.
L’importance de la prise de conscience de l’influence des liens transgénérationnels sur nous est fondée sur la constatation que les traumatismes et les « taches inachevées » auxquels on n’a pas donné sens ou fin par une clôture, même symbolique, ressurgissent souvent et pendant des générations, sous forme de mal-être, de maladie (de mal-a-dit » de « mal-a-dire), de morts tragiques ou prématurées, de prises de risques finissant tragiquement, ou d’accidents.
Chocs, souffrances, douleurs, drames, traumatismes non réglés, deuils non faits, « mal morts », « mal-a-dit », secrets personnels de famille, tout ce qui reste inachevé, parfois depuis des siècles, non réglé par les générations précédentes, peut se transmettre et marquer les générations suivantes de façons diverses, variées, profondes, et parfois tragiques.
Il n’y a pas que le « péché », les fautes et les erreurs qui sont transmis de génération en génération, sans résolution, il y a aussi les événements marquants, voire heureux.
Un outil a été mis au point par Anne Ancelin Schutzenberger, c’est le génosociogramme.
- C’est un arbre généalogique établi sur cinq a sept générations, c.a.d en utilisant, si possible, la mémoire de nos grands-parents sur leurs propres grands-parents ;
- Les hommes sont représentés par des triangles, les femmes par des ronds ;
- On y indique les faits de vie importants (flèches rouges pour les éléments négatifs, flèches vertes pour les moments heureux : naissances et morts, mais aussi mariages, professions, accidents, maladies…
- Le thérapeute inscrit les liens sur une grande feuille de papier en suivant les associations de pensée et les émotions de la personne qui travaille.
L’auteur insiste sur le fait que la psychogénéalogie :
- est arrivée au moment ou de plus en plus de gens s’intéressent a leurs ancêtres et ont besoin de retrouver leurs racines (lire « Back to 9-7 »)
- étant très à la mode grâce aux médias, a pris comme un feu de paille et chacun s’en est emparé. De sorte qu’aujourd’hui n’importe qui se prévaut de l’utiliser sans forcément avoir suivi une formation sérieuse, a la fois universitaire et clinique.
Cela conduit a des abus car certains ont une telle ignorance du sujet qu’ils font des erreurs grossières d’analyse et d’interprétation et mettent leurs clients sur de fausses voies.
Alors, ne répétons pas les erreurs, souffrances et fautes de nos ancêtres, mais sachons que les faits se répètent a des périodes marquantes, souvent significatives : c’est le syndrome d’anniversaire.
- Il marque une répétition d’événements marquants, heureux ou malheureux, voire dramatiques, à la même date ou au même age ou à la même période spécifique ;
- Il peut être lié à un événement personnel, familial, à divers problèmes vécus par les générations précédentes, et en particulier a un choc traumatique, généralement a un deuil non terminé, une perte marquante.
Car ce qui ne s’exprime pas en mots s’imprime et s’exprime en maux :
- indirectement par le langage du corps ;
- indirectement pour ne pas « perdre la face » : faire savoir sans dire.
Dans la « double contrainte » ou « double-bind », les choses ne sont pas dites, les instructions sont confuses et contradictoires, et interdites de parole. Deux ordres contradictoires sont donnés et chacun sait qu’on n’a pas le droit de parler entre nous de ce que l’on sait qui ne va pas. Et tout cela laisse un sentiment de malaise, de gène, de confusion, dont on n’a pas le droit de parler non plus…
La mise en place d’une thérapie par le psychodrame, un jeu de rôles psychodramatique avec mise en situation se révèle parfois nécessaire :
- Il s’agit de rendre vivante et présente une situation problématique du passé, du présent ou du futur et de la travailler, pour tenter de la résoudre en la rejouant en interaction et en utilisant diverses techniques ;
- Un petit groupe d’une quinzaine de personnes en général, se réunit autour d’un formateur pour faire un travail personnel sur soi ;
- Pour commencer, les membres du groupe se font face, de façon que chacun puisse voir les autres en même temps ;
- Le groupe se réunit, soit une fois par semaine, soit une fois trois jours par mois. Il y a volontairement deux nuits au cours du séminaire, afin de pouvoir éventuellement raconter et analyser ses rêves, ainsi que rapporter au groupe ses émotions de la veille ou de la nuit.
Le psychodrame en groupe fonctionne comme un dispositif a trois temps :
- Le protagoniste (ou ego principal, selon la terminologie du théâtre grec classique : celui qui porte les problèmes de la cité), qui va élaborer quelque chose de son monde interne en le représentant ;
- Le groupe des participants (ou egos auxiliaires, professionnels ou choisis dans le groupe, ou volontaires se proposant pour aider), est attentif au protagoniste, co-actifs par leur présence, leur histoire personnelle, leur vie psychique ;
- Le psychodramatiste qui anime et dirige le groupe. A la fois directif dans le déroulement précis et juste du processus, silencieux, dans un retrait attentif, une « écoute flottante » ; une double position de metteur en scène (actif, directeur, dirigeant) et de psychanalyste (présence active à l’écoute).
Le changement représente souvent une difficulté pour les personnes, les familles et la société. Il est en général à la fois souhaite et craint.
Comme tout travail sur soi, la psychogénéalogie génère une prise de liberté par rapport à soi-même, à sa famille, à son milieu, et aux autres membres du groupe social. Cette liberté implique des changements pour la personne elle-même, mais aussi par contrecoups pour les autres.
Le système familial et social s’en trouve quelquefois déstabilise et ne comprend plus. L’entourage « rêve » alors que tout redevienne « comme avant », et se met a freiner et a décourager toute velléité de changement !
Car tout changement remet en question les habitudes, bonnes ou mauvaises. Les gens préfèrent souvent se plaindre plutôt que de changer réellement. C’est la résistance au changement qui s’impose.
Au bout du compte, a quoi sert la psychogénéalogie ?
A pouvoir se dire :
- « Quoiqu’il y ait dans mon passé familial, quoi que mes ancêtres aient fait ou subi, quoi que l’on m’ait caché, ma famille est ma famille et je l’accepte puisque je ne peux pas en changer ».
Travailler son passé familial, c’est apprendre à s’en distancier et à reprendre le fil de la vie, le fil de notre vie.
Et le jour venu, le transmettre avec plus de quiétude à ses enfants.
Pour en savoir plus :
« Aie, mes aïeux ! » d’Anne Ancelin Schutzenberger. Editions La méridienne chez Desclée de Brouwer. 254 pages. 23 Euros.
Du même auteur :
« Psychogénéalogie ». Guérir les blessures familiales et se retrouver soi. Editions Payot. 284 pages. 17 Euros.
Bonne lecture !